Fleurir l’autel de sa Muse

Ondoyant visiteur, tournoyante visiteuse, noble pousse de séquoia, mes salutations ! 

Le mois d’août touche à sa fin. Les matinées sont étonnamment fraîches, mais le soleil de midi baigne les arbres d’un voile d’or chaud. J’aime cette période de l’année, ce point de bascule où se rencontrent les parfums d’été et les premières couleurs d’automne. 

C’est l’occasion de passer un chiffon à poussière sur mes lunettes en forme de cœur, le temps d’un article consacré à l’écriture, et plus précisément à la créativité.  

Ces trois dernières années, j’ai expérimenté différents processus créatifs, j’ai observé et réfléchi à la circulation des énergies créatives (les miennes et celles des autres).  

J’ai dernièrement médité sur trois lectures merveilleuses, des mines de sagesse créative, j’ai nommé :  Femme qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés, Comme par magie d’Elizabeth Gilbert et Daemon Voices de Philip Pullman. 

J’ai joué avec les énergies créatives, tenté des expériences, appris à les canaliser d’une manière, puis d’une autre, et encore d’une troisième, afin d’irriguer mes projets d’écriture. J’ai testé, tâtonné, alchimisé. 

De ce questionnement sur la créativité (toujours en cours et jamais achevé, bien évidemment), je tire aujourd’hui des fruits conséquents ; je n’ai jamais été aussi inspirée, aussi créative, ni aussi efficace dans la gestion de mes différents projets qu’au cours de la dernière année.  

Ces explorations créatives ont d’ailleurs donné lieu à la création d’un outil pour dialoguer avec sa créativité, en partenariat avec ma chère Anouck Faure, dont j’aurais certainement l’occasion de vous reparler dans les mois à venir – un projet aussi ébouriffant qu’enthousiasmant. 

En attendant de partager tous ces fleurissements créatifs avec vous, voici trois constatations sur lesquelles je m’appuie désormais quotidiennement pour créer : 

♥ – La créativité est à la fois part de nous et part d’une source plus grande. On peut la visualiser comme un fleuve, une créature, une Muse vivante, intelligente et expansive. Afin de créer juste, de créer inspiré, de créer vibrant, il est bon d’établir un dialogue avec sa créativité, d’ouvrir les portes de la communication et de le faire avec optimisme et révérence – c’est ce que j’appelle Fleurir l’autel de sa Muse.  

Muse – Image par Sabine Sauermaul de Pixabay

On pourrait se faire la réflexion, face à la page blanche ou au manque d’inspiration, que la créativité nous a abandonné, que notre Muse nous délaisse. On peut lui en vouloir, la critiquer, lui lancer une pluie de kiwis juteux à la tête. Sauf que. Sauf que, ce n’est jamais la faute de la créativité si nous la délaissons. Et blâmer notre part créative de son manque de coopération aurait tendance à lui couper les ailes ; ce qui ne peut que nous desservir. Notre créativité, notre Muse, n’a qu’un seul objectif : nous voir devenir créateur et créatrice. Elle revient inlassablement frapper à notre porte pour nous proposer son aide. Elle est prête à se faire guru, jardinière, égérie, petite main, compagne et pom-pom girl s’il le faut. Pourvu que nous lui ouvrions la porte, pourvu que nous fassions la démarche de fleurir l’autel, d’être volontaire dans l’acte de créer, pourvu que nous entamions la discussion, que nous apprenions à la connaître, que nous lui tendions la main. 

♥ – Ma deuxième constatation provient de mes diverses tentatives pour organiser mes temps de création de la manière la plus efficace possible. J’ai cogité en long, en large et en travers. Qu’est-ce qui serait le plus efficace ? Travailler en continu sur le même projet ? Alterner les phases de travail sur différentes créations pendant une même journée ? Une même semaine ? Un mois ? Protéger mon projet des regards extérieurs ? Au contraire, le confier à des regards extérieurs ? Échanger avec des co-créateurs ? Travailler à porte fermée ? En réalité, la réponse à ces questions change tout le temps puisque la créativité est vivante. Elle évolue de manière cyclique, elle s’adapte à ce que nous traversons. Elle n’a pas toujours les mêmes besoins ou la même quantité de carburant à nous offrir. Et c’est tout à fait normal. La meilleure façon (pour moi) d’utiliser efficacement sa créativité, c’est de la vivre, de la ressentir, de chercher l’équilibre. Et pour cela, je concocte un tas de délicieuses alliances : j’allie structure et souplesse, logique et intuition, chill et persévérance, objectifs et chemins de traverse, exaltation et rigueur. 

Emploi du temps évolutif – Image par Gerd Altmann de Pixabay

Par exemple, je travaille désormais avec un emploi du temps évolutif. Je détermine des objectifs à petit, moyen et long terme. Plus les objectifs sont à court terme, plus ils sont modulables. J’informe ma Muse des grandes lignes que nous allons viser ensemble. Et c’est elle qui impulse la progression des temps de travail, parfois selon une succession d’étapes logiques, parfois de manière organique et surprenante. Ce que je constate, c’est qu’elle tient nos objectifs si je lui fais confiance. Et ce de manière bien plus ludique et efficace que je ne le ferais en luttant pour me contraindre à suivre un calendrier d’étapes hyper précises. Au lieu d’ordonner à mon Moi du Futur de faire telle ou telle chose, je lui fais confiance pour utiliser au mieux son énergie de la journée dans la direction globale que nous avons voulue. 

Autrement dit, j’allie structure et souplesse. Mes plages de travail sont inscrites dans un agenda, chacun de mes projets est divisé en étapes. Je définis des objectifs temporels (sur plusieurs mois de travail). Mais je suis souple dans le choix des tâches quotidiennes. Je m’adapte et change de projet si ma Muse me le demande. Je ne travaille pas sur Le lapin fou cette semaine si elle préfère travailler sur Le chameau amoureux. Par contre, la semaine d’après, ce sera Le lapin fou puisque je souhaite atteindre mes objectifs du mois. Aujourd’hui, ma Muse a besoin de dormir ? Je ne lutte pas contre sa demande de repos ; à différencier avec un moment de paresse qui se traite autrement. De toute manière, je serai beaucoup moins efficace si je l’oblige à rester éveillée plusieurs jours d’affilé. Et puis si elle dort toute la journée, demain, elle sera fraîche et dispose. 

♥ – Ma troisième constatation est la suivante : créer est une source de renouvellement intérieur, une joie, un outil de transformation, d’expression, d’alchimie personnelle. Attention, je ne dis pas que c’est facile, ou même toujours plaisant. Développer un métier créatif demande énormément de travail, de persévérance et de rigueur. Mais je vois dans l’acte de créer la racine du vivant et je tâche de me reconnecter avec cette part extraordinaire de la création chaque jour. Je célèbre toutes les petites étapes de chaque projet que je sers. J’honore la puissance créatrice et je fleuris l’autel de ma Muse aussi souvent que possible. Je m’abreuve au Lac des Merveilles. 

Noble pousse de séquoia, puisses-tu toi aussi nager vigoureusement dans les eaux de la créativité ! 

Fleuri l’autel, bâtir le nid de sa créativité

Et pour parachever cette réflexion, je dépose une pâquerette, un brin de sauge et une bougie argentée sur l’autel de nos Muses, 

Lumière sur ta journée ! 

Siècle 

2 commentaires sur “Fleurir l’autel de sa Muse

  1. C’est très inspirant, tout ça, j’ai bien fait de lire ton article avant de me déconnecter pour aller écrire.
    Merci et belle journée également à toi !
    Ps : le laoin fou et le chameau amoureux m’ont bien fait rire…

    • Siècle Vaëlban dit :

      Si je peux inspirer un peu la Grande Messagère de l’Optimisme que tu es, tu m’en vois honorée, ma chère Nathalie… Merci pour ton message. Et oui, on a toujours besoin d’un lapin fou ou d’un chameau amoureux dans l’un de ses tiroirs !

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