Des histoires dorées et poudrées de rose, bariolées ou sombres à dévorer sans modération

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Chère visiteur, cher visiteuse, épatante pousse de séquoia,

Voici venu le temps d’un nouveau bilan sur le blog. Je vais vous parler de sept lectures aussi hétéroclites que stimulantes qui m’ont séduite en ces premiers mois de l’année 2022

Et je commence par le très beau et émouvant recueil de poétesses de Diglee

Je serai le feu de Diglee

Dans cet ouvrage, Diglee recense et présente cinquante femmes extraordinaires, cinquante poétesses férues de mots qui ont marqué sa vie. Certaines sont fameuses, d’autres ont été effacées par le temps ou l’histoire, toutes témoignent dans leurs paroles et leurs émotions mises en mots d’une intensité d’être/de vie bouleversante. Diglee partage avec nous une poignée des poèmes de chacune de ces poétesses, mais elle prend surtout le temps d’introduire en détail la vie et l’histoire de ces femmes, ce qui donne une saveur toute particulière à leurs mots et donne envie d’en lire bien davantage.

Un apéritif poétique, une mise bouche, une invitation à aller explorer plus en profondeur l’œuvre poétique effleurée, Je serai le feu, ouvrage superbe par ses illustrations, sa mise en page et son format, m’a complètement embarquée dans son labyrinthe aux milles visages. Une lecture à laquelle je reviendrai sans aucun doute à de nombreuses reprises.

Et on poursuit dans les beaux ouvrages avec la série des Anne Shirley de Lucy Maud Montgomery qui fait l’objet d’une superbe réédition aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

La série des Anne Shirley de Lucy Maud Montgomery

Œuvre célèbre de cette autrice canadienne aux millions de lecteurs, ce récit d’un autre temps est pétri d’une fraicheur et d’un charme délicieux. On y suit les péripéties de cette jeune orpheline, Anne Shirley, dont l’esprit curieux, l’imagination fantastique et le caractère bien trempé séduisent et étourdissent tous ceux qui croisent son chemin. Anne pose un regard d’un tel optimisme sur le monde qui l’entoure que ce dernier se pare d’un voile doré nimbé d’espérance. Une lecture qui fait du bien et sème des graines d’une douceur enivrante au gré de ses pages.

La vie rêvée des chaussettes orphelines de Marie Vareille

Dans un tout autre genre, j’ai dévoré un roman de type feel good qui a su beaucoup m’émouvoir.

Vous plongez dès les premières pages dans la vie d’Alice qui a décidé de tourner la page en s’installant à Paris. Alice, intelligente, organisée, se débat visiblement avec un passé douloureux qu’elle tente de laisser derrière elle et une peur panique du temps qui s’écoule – il ne faut surtout pas qu’elle soit en retard ! Elle se fait embaucher par une start-up qui a pour objectif de créer une application afin de réunir les chaussettes orphelines… ce qui au goût d’Alice manque quand même de sérieux. Qu’importe, elle essaye de ne (pas trop) s’intégrer dans cette nouvelle équipe de travail composée de personnages plus étonnants les uns que les autres… Alice est déterminée à ne pas s’ouvrir, à ne tisser aucun lien et à ne jamais regarder en arrière, mais bien entendu, rien ne se passe comme prévu.

Je ne m’attendais pas à m’investir autant dans cette histoire, mais la plongée dans la vie, l’intériorité et le passé d’Alice a fini par m’absorber… et arrivée à un certain point de ma lecture, l’autrice m’a juste retournée comme une crêpe et j’ai pris une belle leçon d’écriture au passage. Je ne suis pas prête d’oublier cette histoire et j’ai hâte d’en lire d’autres de Marie Vareille.

Francis de Loputyn

Sur les conseils de ma chère amie, Claire, j’ai découvert le dessin torturé, gothique, incroyablement interpellant de Loputyn et son ouvrage, Francis, l’histoire d’une jeune sorcière à l’aube d’une initiation majeure. Un roman graphique superbe au trait magnifique, aux couleurs pastel à la fois sombres et douces (et la texture du papier de cet ouvrage est incroyable !) Conte cruel, noir et mélancolique qui fait la part belle aux pouvoirs de transmutation qui nous habitent et aux infinies nuances de nos clairs-obscurs intérieurs, Francis inscrit ses images poignantes dans votre esprit et, sans y prendre garde, voilà que vous enfourchez à votre tour votre balai pour vous perdre dans la nuit.

La clé de votre énergie, de Natacha Calestreme.

Ma cinquième lecture marquante de ce début d’année est totalement différente des précédentes et riche d’enseignements.

La journaliste scientifique, Natasha Calestreme, rassemble dans cet ouvrage de « développement personnel » un ensemble de protocoles de libération de nos énergies, ces énergies qui demeurent prisonnières de nos expériences passées ou de nos héritages transgénérationnels. Ce livre coup de poing superpose les strates spirituelles, scientifiques, médicales et psychologiques pour nous offrir une compréhension et une interprétation limpide du fonctionnement de notre intériorité, de nos épreuves et de notre énergie. La clé de votre énergie nous propose surtout des outils concrets, simples et accessibles de libération. Vraiment puissant.

N’hésitez pas à visionner cette interwiew passionnante de l’autrice si vous avez envie d’en savoir plus.

Je poursuis cet article en vous partageant une sixième lecture, ou plutôt la contemplation d’un artiste et de son merveilleux Artbook que ma chère Anouck m’a fait découvrir récemment.

Forgotten Gods – L’Art de Yoann Lossel de Yoann Lossel et Psyché Ophiuchus

Yoann Lossel est un peintre français principalement connu pour son travail minutieux mêlant la feuille d’or au graphite. Il est inspiré par les courants français et anglais du XIXe siècle et du début du XXe siècle, notamment le symbolisme, le préraphaélisme, l’Art nouveau et l’Arts & Crafts.

Cet artbook en noir et blanc et or (et un peu de couleur aussi) nous offre une plongée dans son univers d’une incroyable beauté. On découvre les différentes étapes de son travail artistique à travers le temps, des réflexions sur la création, ce qui l’anime, des croquis, des œuvres, des incursions dans son imaginaire, sa relation avec sa Muse et épouse, la talentueuse artiste, Psyché Ophiuchus, et partout, des images, des tableaux, des visions.

Voyez plutôt…

Avec ma septième lecture, cette fois-ci en langue anglaise, je reviens à un auteur dont le savoir-faire de conteur ne cesse de m’époustoufler.

Empire of the Vampire de Jay Kristoff

Je crains toujours de me montrer dithyrambique lorsque je parle d’une œuvre de Jay Kristoff, car j’y trouve bien souvent quelque chose d’irrésistible dans la manière qu’il a de présenter ses personnages, de tisser leurs caractères, leurs tragédies, et leurs histoires avec un sens du tragique, de l’inexorable pourtant brodé de lumière, de poésie, de brutalité, de vulgarité, d’épique, de facilités outrancières qui marchent quand même, et de moments bluffants, gracieux, émouvants. Bon, je suis dithyrambique, il n’y a rien à faire.

Empire of the Vampire est le premier opus d’une saga de dark fantasy qui promet d’être grandiose. En voici le résumé en langue anglaise. Ce roman sera traduit prochainement en français aux éditions De Saxus.


It has been twenty-seven long years since the last sunrise. For nearly three decades, vampires have waged war against humanity; building their eternal empire even as they tear down our own. Now, only a few tiny sparks of light endure in a sea of darkness.

Gabriel de León is a silversaint: a member of a holy brotherhood dedicated to defending realm and church from the creatures of the night. But even the Silver Order could not stem the tide once daylight failed us, and now, only Gabriel remains.

Imprisoned by the very monsters he vowed to destroy, the last silversaint is forced to tell his story. A story of legendary battles and forbidden love, of faith lost and friendships won, of the Wars of the Blood and the Forever King and the quest for humanity’s last remaining hope:

The Holy Grail.

Empire of the Vampire, Jay Kristoff


Ma Pile à Lire s’est bien entendu magiquement rechargée de sept nouveaux titres. (Les Piles à Lire, quoi qu’on en dise, sont des êtres extraordinairement diligents).

★ – Je commence par y ajouter le dernier roman de Marie Vareille qui m’a retournée avec ses chaussettes. Il s’agit de Ainsi gèlent les bulles de savon.

★ – Je voudrais découvrir la plume de Baptise Beaulieu avec Celle qu’il attendait.

★ –  Je suis intriguée par la présentation que Bulledop faite sur sa chaîne du livre Dix mille portes de January de Alex E. Arrow qui rejoint à son tour ma PAL.

★ –  Les sorties littéraires des amies autrices se sont multipliées, ces derniers mois. S’ajoutent donc à ma PAL : Porcelâme, la Voie du Kirin, de Célia Flaux, Cathédrale, d’Hermine Lefebvre, La Faune de Marie Tétart, Meute de Karine Rennberg et Quand vient la horde d’Aurélie Luong. Je vais me régaler.

★ –  J’ai entendu ça et là de très belles choses de Un étranger en Olondre, de Sofia Samatar, aux éditions Argyll qu’il me tarde de découvrir.

★ –  Je voudrais aussi lire des titres que je ne connais pas encore de Marie-Aude Murail, une autrice jeunesse que j’adore. Je pense notamment à Simple et à En nous beaucoup d’hommes respirent.

★ –  Et enfin, j’aimerais découvrir la biographie illustrée, George Sand, fille du Siècle de Séverine Vidal et Kim Consigny qui semble superbe en tous points.

Chère visiteuse, cher visiteur, épatante pousse de séquoia, je te souhaite un mois de mai délicieux, empli de rayons de soleil et de feuilles de papier craquantes sous les doigts, d’histoires chuchotées et de conversations passionnantes.

Lumière sur ta journée !

Siècle

Mes Alliances Créatives (4/4) – Entretien avec N

Téméraire visiteur, tourbillonnante visiteuse, tendre pousse de séquoia, nous voilà réunis, une fois encore.

En cette dernière semaine de mars, j’ai la joie de poster sur ce blog mon quatrième et ultime article consacré aux Alliances Créatives.

Je m’intéresse dans ces articles aux collaborations créatives sur le long terme (c’est ce que je choisis d’appeler les Alliances Créatives) : par exemple, s’engager dans un projet à quatre mains ; inviter d’autres créateurs à s’emparer de l’univers qu’on a bâti pour le cuisiner à leur sauce (approche transmédia) ; ou encore construire des partenariats avec des acteurs du monde créatif.

La semaine précédente, je partageais avec vous les ingrédients qui nourrissent, à mon sens, une Alliance Créative : la qualité de présence ; la capacité à se renouveler ; l’enthousiasme, et je me réjouissais de ma collaboration avec la talentueuse musicienne Odonate.

Je poursuis aujourd’hui en examinant les gains indubitables que l’on récolte au long cours d’une Alliance. Et je termine cette série d’articles aussi joliment que je l’ai commencée en vous présentant l’incomparable N, ma complice de longue date, écrivaine à l’imagination aussi débridée que la mienne avec qui je concocte un délicieux roman à quatre mains.

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Concocter un délicieux roman à quatre mains – Source

Les gains et les fruits de nos Alliances Créatives…

Les gains et les fruits des Alliances Créatives sont bien évidemment aussi variés que chaque Alliance est unique de par son alchimie spécifique et les personnes qui y participent. Cependant, on peut identifier des fruits récurrents, quelle que soit la collaboration en jeu. En voici trois : l’expansion du projet par la multiplication des talents ; l’apprentissage ; la joie partagée.

L’expansion du projet par la multiplication des talents

C’est quoi ce drôle de truc ? Eh bien, la multiplication des talents, c’est la résultante d’une forme d’alchimie où 1 + 1 ne font pas 2, mais 3, et où l’association du rouge et du jaune génère une flamboyante nouvelle couleur. Poursuivons un instant cette analogie des couleurs : si mon style et mes capacités d’écriture appartiennent au prisme rouge, je peux explorer la multitude des nuances carmines, écarlates, rubis ou pourpres qui caractérisent mon savoir-faire d’autrice. Mais si je collabore avec une experte en jaune, notre œuvre commune bénéficiera, en plus de ma palette rouge, de toute la palette des jaunes et, de surcroit, d’une belle palette orangée.

Au final, je crée, je développe un projet qui, en raison de la présence de l’autre, est à la fois le mien et à la fois bien différent de ce que je produirais seule. C’est la puissance de l’altérité et des mélanges à laquelle je touche au bout de mon Alliance, et c’est une expérience absolument fascinante !

Nombres, Math, Compte, Chiffres, Chiffre, Une Addition
La multiplication des talents – Source

L’apprentissage

Bien entendu, j’apprends beaucoup de ce que l’autre (dans la sphère créative, mais pas que) maîtrise et que je ne connais pas. Je développe également à son contact des qualités de médiation, d’écoute et de compromis, d’affirmation de moi et d’introspection de ma méthode créative. Je mets en mots une démarche que je n’ai d’ordinaire pas besoin de conceptualiser à voix haute. Je gagne de nouveaux outils. À travers le regard constant de mon partenaire créatif sur notre travail, je progresse, j’affine mes techniques.

Il y a mille façons d’apprendre au travers d’une Alliance Créative.

La joie du partage

Eh oui… Ne pas négliger la joie quotidienne, petite ou grande, que l’on peut ressentir lors des échanges créatifs. Dans le cadre d’une Alliance, je ne parle pas de mon projet à mon camarade auteur ou à ma collègue autrice, et je n’écoute pas l’autre me parler du sien (même si c’est là aussi une très chouette expérience). Non, nous conversons à bâtons rompus de notre projet, nous nous épaulons durant les coups de mou, nous savourons les victoires ensemble ; nous partageons un territoire magique, source de motivation et de carburant pour toutes nos pratiques créatives.

Et c’est bien en raison de cette émulation commune si savoureuse que j’ai passé mon Alliance Créative avec N, mon Neurone jumeau maléfique.

Gens, Saut, Silhouette, Grouper, Masculin, Femme
La joie des Alliances Créatives – Source

Mes Alliances Créatives – N

J’ai le grand plaisir de connaître N depuis l’an 2012… une dizaine d’années au moment où j’écris ces lignes – le temps passe. Nous nous sommes rencontrées sur le forum d’écriture CoCyclics au sein duquel nous nous sommes toutes deux beaucoup investies.

En matière de créativité, nous avons en commun un terrain d’imaginaire aux accents cocasses, farfelus et légèrement épiques. Cerise sur le gâteau, nos différences de fonctionnement et de personnalités s’accordent et se complémentent. Ensemble, nous avons co-administré, fomenté, créé et géré des événements, tout cela sur fond d’humour constant, agrémenté de longues discussions passionnantes.

En 2015, nous nous lançons dans un projet d’écriture à quatre mains, alors affublé du nom de code « Zébulon ». À la différence de mes autres collaborations créatives, N et moi partageons le même terrain de création, celui de l’écriture. Cela signifie que toutes les étapes de notre projet, que ce soit celle de la conceptualisation de l’univers, celle du premier jet, de la relecture des chapitres ou bien des corrections, sont partagées. Il y a un travail d’osmose à réaliser pour entrefiler nos fibres créatives et former un tout cohérent. Un défi inspirant !

Inspirées comme une poignée d’origamis volants ! – Les Voeux Sorciers – Logo par ©Aemarielle

Nous prenons un immense plaisir à concocter notre univers. Là où je saute sur la première inspiration bariolée qui se présente, N conçoit méticuleusement les moindres détails pragmatiques de notre système politique ; là où je m’intéresse aux effets psychédéliques d’une drogue locale, elle mène son armée de soldats à la bataille. Nous nous répartissons les chapitres à écrire et les personnages narrateurs. Nous écrivons le début de l’histoire… mais le temps et le monde extérieur s’en mêlent. Au final, en 2016, puis en 2017, nous choisissons de mettre notre projet en pause pour le reprendre plus tard.

Plus tard, ce sera l’été 2021 où nous passons dix jours ensemble durant lesquels nous décidons de remettre notre « Zébulon » sur la table, de revoir le synopsis, de rediscuter la psychologie des personnages, d’établir un planning de travail. Bref, nous fondons notre Alliance Créative à ce moment-là et notre roman prend son titre véritable. C’est la naissance des Vœux Sorciers dont vous pouvez découvrir la fiche de présentation sur mon site en cliquant sur ce lien.

Nous écrirons nos Vœux Sorciers sur des années. À travers ce projet, nous privilégions non pas la rapidité d’exécution, mais le plaisir de créer ensemble, la joie des échanges et la qualité du texte final à cuisiner, petit à petit, en plusieurs couches successives de travail. Un projet de longue haleine en perspective !

Entretien avec N

La manière dont la plupart des gens imaginent mon Neurone jumeau maléfique

Mes salutations, cher Neurone, me voilà toute ébouriffée à la perspective de terminer ma série d’articles à tes côtés. Si tu devais répondre en quelques phrases à la question « Qui es-tu ? », que nous en dirais-tu ?

J’ai la joie et l’honneur de n’être personne. C’est une grande source de liberté.

Il faut croire cependant que je ne laisse pas une impression très mystérieuse aux gens si j’en crois ce GRAND POULET JAUNE juste au-dessus. Quand tu m’as dit avoir l’avatar parfait dans ta réserve et que j’ai demandé, fort naïvement, à le voir, je ne m’attendais pas exactement à ça. Du coup je l’ai partagé à une bonne demi-douzaine de personnes qui ont tous applaudi très fort cette trouvaille.

Face à ce plébiscite malvenu, j’en conclus que je suis aussi un grand poulet jaune à l’air complètement dingue. Je profite donc de cet article pour te remercier, chère Siècle, de m’aider ainsi sur le long et tortueux chemin de mon identité. J’étais loin de me douter de tout ce que j’y trouverais.

Comment conçois-tu la créativité, la création, l’acte de créer ?

Créer, c’est venir se réchauffer à l’étincelle de la vie, nourrir son âme, donner un sens au monde et lui conférer sa magie.

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton métier, tes ambitions, ta vision du monde créatif et la manière dont tu souhaites y participer ?

J’écris pour partager des intérêts, des histoires qui se sont déversées en moi, des idées qui s’y sont cristallisées. J’écris pour résonner auprès d’autres âmes, tout comme certains livres ont infusé leur essence en moi et font désormais partie de qui je suis.

Je sais, ce n’est pas la réponse attendue d’un grand poulet jaune, moi aussi je suis déçue.

Pour quelles raisons, à ton avis, avons-nous forgé notre Alliance Créative ?

C’est une joie particulière de rencontrer quelqu’un avec qui son imaginaire, cette chose si personnelle, si intime, s’accorde suffisamment pour se déployer de concert et produire plein d’idées filantes. Or toutes ces petites étincelles créatives sont beaucoup trop tentantes pour les laisser s’enfuir ! Forger une Alliance Créative est donc une excellente façon d’attraper la plus scintillante d’entre elles pour la partager à de futurs lecteurs.

Je tiens d’ailleurs à te remercier, chère Siècle, d’avoir permis notre Alliance. J’ai beaucoup d’admiration pour ton approche extrêmement rigoureuse de l’écriture et en même temps très ouverte à l’inspiration, très respectueuse de ce que représente la Muse avec un grand et beau M.

Plus prosaïquement, c’est amusant que tu parles du fait que nous ayons en commun un « imaginaire aux accents cocasse », car oui il est présent… et pourtant je n’écris rien qui n’aille dans ce sens pour le moment. Même en collaborant avec toi, j’ai trouvé le moyen de prendre la voix du personnage le moins déluré de notre histoire commune, c’est dire !

J’en profite pour glisser que l’Adelphité des Poulets Sérieux (APS) recrute de nouveaux membres. Si vous aussi, outre la cuisse galbée, vous avez la plume ébouriffée et assassine, rejoignez-nous.

Comment envisages-tu notre collaboration dans les années à venir ?

Laborieuse. Dans le sens long et plein de labeur. Écrire un projet à 4 mains en parallèle de nos projets principaux et avec des vies déjà bien chargées est un jeu d’équilibre permanent. Mais cela me fait plaisir d’inscrire cette collaboration sur la durée. Quant à la suite, que nous chassions à nouveau des étincelles ensemble ou indépendamment de notre côté, cela n’empêchera pas de nous soutenir mutuellement. Je ne me fais aucun souci.

Pour conclure, nous avons forgé une Alliance Créative pour attraper une étincelle créative particulièrement maligne avec nos filets à papillons. Cela me semble être un bon résumé de la situation.

Quelles sont les énergies, les actions et les directions que tu souhaites nourrir dans ta vie en cette année 2022 ?

Pour 2022, c’est un recentrage qui s’impose. J’œuvre à replacer l’écriture au centre de ma vie, peu importe la fatigue certains jours ou les obligations de la société. C’est un combat de tous les instants, mais un combat qui nourrit, qui apporte du sens, qui rééquilibre. C’est, une fois au cœur du maelström, retrouver son compas.

La création comme compas au milieu du maelström, j’aime beaucoup cette image. Cher Neurone, je te remercie de tes réponses et me réjouis de contribuer à ton honorable réputation de Grand Poulet Jaune.

Téméraire visiteur, tourbillonnante visiteuse, tendre pousse de séquoia, nous voici à la fin de ce quatrième et ultime article consacré aux Alliances Créatives. Je ne manquerai pas de reparler ici-même des avancées de tous ces projets partagés avec Roxane, Anouck, Odonate et N lorsque le temps sera venu. D’ici là, puisses-tu dévorer des milliers d’étincelles créatives à toutes les saisons de l’année !

Lumière sur ta journée !

Siècle

Mes Alliances Créatives (3/4) – Entretien avec Odonate

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Bondissante visiteuse, babillant visiteur, bienheureuse pousse de séquoia, comme nous nous retrouvons !

En ce mois de mars, j’ai le vivifiant plaisir de poster sur ce blog la suite de ma série en quatre articles autour des Alliances Créatives.

Je m’intéresse dans ces articles aux collaborations créatives sur le long terme (c’est ce que je choisis d’appeler les Alliances Créatives) : par exemple, s’engager dans un projet à quatre mains ; inviter d’autres créateurs à s’emparer de l’univers qu’on a bâti pour le cuisiner à leur sauce (approche transmédia) ; ou encore construire des partenariats avec des acteurs du monde créatif.

J’évoquais la semaine passée les trois qualités qui participent, dans mon expérience, au développement d’une collaboration réussie : s’engager pleinement ; conscientiser la part créative de l’autre ; établir un dialogue sincère. Et je vous parlais plus en détail de mon Alliance Créative avec Anouck Faure.

Cette semaine, je m’intéresse à la manière de cultiver nos Alliances Créatives pour leur permettre de s’épanouir. Et j’aurai la joie de vous présenter Odonate, extraordinaire musicienne, chanteuse et compositrice dont le talent ne cesse de m’ébouriffer le plumage.

Un ébouriffage de qualité – Source

Quels ingrédients pour nourrir son Alliance Créative sur le long terme…

Une Alliance Créative, c’est avant tout une relation entre deux personnes, une relation qui s’arrose, se nourrit et s’entretient ; il est indispensable d’en prendre soin : par la qualité de présence ; en se renouvelant et en encourageant l’autre à se renouveler ; en cultivant son enthousiasme.

La qualité de présence

Pour qu’une Alliance Créative se déploie et fleurisse dans le temps, il est essentiel de la nourrir de belles énergies. Et pour la nourrir, il faut se présenter, se manifester avec constance, régularité, patience et bienveillance auprès de son co-créateur. Prendre de ses nouvelles, l’écouter, s’intéresser à ce qu’il ou elle traverse, à sa créativité et à ses autres créations. Être présent et attentif.

Se renouveler, se libérer des cases, expérimenter

Ne pas s’enfermer et ne pas enfermer l’autre dans une case, voilà qui est très difficile. Nous sommes des créatures d’habitude. Une fois identifiés les savoir-faire d’une personne, ses traits de personnalité et son fonctionnement, on a tendance à dessiner un petit rectangle « ceci est ta case » autour d’elle et à ne plus attendre qu’elle en sorte, voire à lui rappeler, à lui renvoyer les limites de sa case. Nous nous enfermons évidemment nous-même dans une case. Inconsciemment, tous et toutes, nous nous renvoyons les limites de nos cases et finissons par croire que nous ne pouvons pas agir en dehors ; et que cette case, c’est ce que nous savons faire, c’est notre champ d’action et, au final, qui nous sommes. Spoiler alerte : c’est faux.

L’un des plus grand cadeaux que l’on puisse faire aux autres dans la vie, et d’autant plus dans le cadre d’une Alliance Créative, c’est d’effacer les limites de leurs cases, de leur rappeler l’océan des possibles, de les inviter à expérimenter de nouvelles choses. Laisser la place au renouvellement, à la transmutation, à l’exploration de nouveaux territoires.

Prendre une nouvelle route pour élargir sa créativité – Source

L’enthousiasme

Pour qu’une Alliance s’épanouisse et perdure, rien ne vaut le moteur de l’enthousiasme. Enthousiasme des petites et grandes étapes, d’une nouvelle idée qui surgit. Enthousiasme devant le talent de votre co-créatrice, devant les perspectives de votre projet et la richesse de vos échanges. Comme l’émerveillement et l’optimisme, l’enthousiasme est une énergie, une direction qui se cultive et dans laquelle la créativité adore se rouler de bon matin.

Et en parlant d’enthousiasme, je tiens le maillon de transition parfait pour vous parler de ma géniale collaboratrice Odonate, aka Lysiane Skylark, dont l’enthousiasme communicatif m’apporte énormément au quotidien.

Mes Alliances Créatives – Odonate

Je passe ma troisième Alliance Créative avec Lysiane/Odonate au mois de décembre 2020. Odonate est une artiste aux talents multiples : elle réalise ses propres vêtements et participe à des reconstitutions historiques et des Jeux de rôles Grandeur Nature ; elle pose pour de talentueux photographes, elle conçoit et réalise de délicieux objets poétiques.

Voici en guise d’exemple l’arbre à plumes que m’a fabriqué Odonate et qui a servi de charte graphique à ce site.

Avant toute autre chose, c’est une musicienne qui joue de plusieurs instruments, compose et chante divinement bien. Sa voix possède un je-ne-sais-quoi de magique, une douceur envoûtante qui vous embarque dans un voyage onirique, apaisant, sensuel ou parfois amusant. Elle a fréquenté plusieurs groupes et explore des registres tels que le Jazz, le Funk, le Swing, le Folk et la Musique brésilienne. N’hésitez pas à découvrir son site et à vous régaler de ses reprises et de ses compositions !

Nous nous rencontrons par le biais d’une amie chère en 2015 et il nous parait évident que nous avons des choses à faire ensemble sur le plan artistique. Il faudra cependant attendre l’année 2020 pour que je propose à Odonate de réaliser une chanson « Bande-Annonce » pour ma trilogie littéraire, Nomorgames, qui s’apprête à partir en recherche éditoriale sous le bras de Roxane Edouard.

J’écris les paroles de Playing the Shining Rose. La rencontre entre le texte et la musique qu’Odonate pose sur les mots est immédiate. La chanson prend très vite forme et notre enthousiasme entre en ébullition. En l’espace de deux mois, j’écris douze chansons en corrélation directe avec les personnages, l’univers et l’intrigue de ma trilogie : Heart of Spade vient de naître. Odonate entame un titanesque travail de composition, d’exploration, d’interprétation et d’arrangement musical sur ces douze titres durant l’année 2021, travail qui se poursuit également en 2022.

Note : Je vous présente plus en détail le projet Heart of Spade sur cette page que j’actualiserai au fur et à mesure des étapes à venir !

Heart of Spade est un album spécial puisque son timing d’apparition à la surface du monde sera déterminé par la publication de la trilogie. Cependant, une Muse en plein marathon de créativité met parfois du temps à redescendre. Toujours en 2021, je rédige un nouveau corpus de sept textes poétiques (en langue anglaise également) destiné à Odonate. Ce sera l’album Seven Whispers qui attend patiemment son heure. Exploration onirique sur la métamorphose, plongée dans le miracle du souffle et les affres de l’incarnation, Seven Whispers est un projet musical indépendant de mes autres créations littéraires. Nous aurons certainement l’occasion de vous en reparler.

Autant vous dire qu’avec pas moins de dix-neuf chansons en cours de composition, notre Alliance Créative a de belles années devant elle !

Entretien avec Odonate

Odonate

Ma chère Odonate, quelle joie de te recevoir pour cet entretien et merci de me consacrer un peu de ton temps. Commençons donc. Si tu devais répondre en quelques phrases à la question « Qui es-tu ? », que nous en dirais-tu ?

Ma très chère Siècle, merci à toi de me recevoir. J’invoquerais à l’occasion de cet entretien deux tasses fumantes de thé à la myrtille, si tu me le permets.

Ah… je ne peux commencer à répondre sans évoquer le fait que c’est la toute première question que tu m’aies posée lors de notre rencontre. Une petite histoire que j’aime à raconter lorsque j’évoque justement notre collaboration. Ce “qui es-tu?”, si simple et tellement complexe à la fois : LA question d’une vie en réalité. J’avais adoré ce premier contact.

Si je devais répondre d’une façon générale, je dirais que je suis sur Terre pour expérimenter et me découvrir un peu plus par le biais de chaque expérience. Mais d’un point de vue moins métaphysique, je me définirai comme un être profondément créatif depuis toujours, très curieuse, qui essaie de cultiver une certaine joie et un positivisme dans tous les aspects de sa vie. 

Voici une reprise d’Odonate que j’aime tout particulièrement – Blowing in the wind, de Bob Dylan

Comment conçois-tu la créativité, la création, l’acte de créer ?

L’acte de créer est quelque chose d’essentiel pour moi, et ce depuis mon plus jeune âge. Il n’y a pas d’endroit où je me sente plus “à ma place” que lorsque je réalise des choses, quelles qu’elles soient. 

Ma créativité s’exprime dans divers domaines, comme l’illustrent assez bien mon parcours professionnel éclectique et les nombreuses passions que j’ai eu au cours de ma vie. 

J’ai cependant traversé une période pendant laquelle j’ai eu du mal à mener à bien mes créations musicales et à me sentir pleinement légitime. La lecture du livre « Comme par magie » d’Elizabeth Gilbert a représenté un réel moment charnière, il y a trois ans de cela. Tout à coup l’acte de créer devenait quelque chose de magique et décomplexé. Apprendre que ce processus peut se faire dans la joie m’a permis de me reconnecter sincèrement et pleinement au pur bonheur de l’acte créatif. 

Une question que l’autrice pose dans ce livre m’a particulièrement marquée : est-ce que si l’on me disait que je ne ferai absolument jamais carrière dans ce domaine, je continuerais quand même de créer ? La réponse était limpide en moi : un grand “Oui!”. Ce constat intérieur a changé la donne et m’a permis de lâcher du lest au niveau de l’auto-jugement, afin de passer à l’action plutôt que de m’épuiser à réfléchir beaucoup et ne rien faire, par peur de ne pas réaliser quelque chose de “parfait”. 

Le perfectionnisme empêche les gens d’achever leur travail, certes – mais pire encore, il les empêche souvent de le commencer.” (Comme par Magie, Elizabeth Gilbert)

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton métier, tes ambitions, ta vision du monde créatif et la manière dont tu souhaites y participer ?

Mon métier actuel est celui d’autrice-compositrice-interprète. Auparavant j’étais principalement chanteuse dans diverses formations musicales, mais j’avais déjà eu un premier aperçu de ce que pouvait représenter le fait de mener à bien un projet musical lors de la réalisation de l’E.P. Odonate, en collaboration avec Marine Fort. A l’époque j’étais tout de même beaucoup dans le mental et moins dans la confiance en mes intuitions. 

Notre album Heart of Spade s’est révélé être un parfait terrain d’expérimentation. J’ai énormément appris depuis le début du projet, en mettant la main à la pâte et grâce aux riches et nombreux échanges que nous avons eu toi et moi autour des processus créatifs. Un des apprentissages les plus précieux a vraiment été de déconstruire la pensée que “si une idée arrive facilement et sans effort, elle est forcément à retravailler, ou carrément fausse”.

Je me consacre depuis 2021 à la mise en musique des superbes textes que tu as écrits autour de Nomorgames. Cela me demande d’être à l’écoute des petites voix musicales dans ma tête, et de tisser les choses qui viennent petit à petit, en adéquation avec l’essence de chaque personnage concerné par le morceau.

La composition, au fond, c’est comme du travail d’archéologue. Dès que je trouve un premier bout d’ossement, je fouille jusqu’à dégager la suite de la chanson. Vertèbre après vertèbre, la colonne apparaît, je la mets en lumière. Elle est là, palpable. C’est souvent une évidence intérieure assez délicieuse – et déconcertante.

Mon ambition principale actuellement est d’avoir une vie épanouissante, et si possible de pouvoir vivre de mes créations et de ma musique. J’aimerais cultiver cette vision décomplexée, joyeuse et fertile du monde créatif, et expérimenter de belles collaborations artistiques enrichissantes et pluridisciplinaires… il s’avère que nos deux projets sont parfaitement alignés avec cette envie !

Pour quelles raisons, à ton avis, avons-nous forgé notre Alliance Créative?

Je dirais que nous avons eu un réel coup de cœur amical au départ, que l’album nous a permis de développer d’une manière inattendue et délectable. Nous sommes assez clairement fan du travail l’une de l’autre, ce qui, comme tu le soulignais avec justesse dans ton premier article consacré aux Alliances Créatives, est un élément clé dans une collaboration. Je trouve que notre duo marche très bien, avec beaucoup de bienveillance, de soin à l’autre, de respect, et de foi dans les capacités de chacune, ainsi que le même hyper-enthousiasme dès que le verbe “créer” pointe le bout de son nez.

Une autre très belle reprise d’Odonate – Scarborough fair (Simon and Garfunkel cover)

Comment envisages-tu notre collaboration dans les années à venir ?

Foisonnante et passionnante. Je pense que nous commençons tout juste une belle histoire de collaboration artistique. Pour l’instant nous sommes plongées dans Heart of Spade, mais notre projet de deuxième album frétille non loin de là, avec ses textes qui ne demandent qu’à être mis en musique.

Quelles sont les énergies, les actions et les directions que tu souhaites nourrir dans ta vie en cette année 2022 ?

Je souhaite justement cultiver l’énergie créatrice : aller au bout des choses, et réussir à finir un projet de l’ampleur de notre album grâce à la chouette organisation de travail que je suis en train de peaufiner. 

Au niveau des actions concrètes, j’aimerais finir la préproduction de Heart of Spade d’ici fin juin. Pour que tes lecteurs comprennent mieux, il faut savoir que les douze chansons de l’album abordent chacune des thématiques, éléments clés et parcours de personnages de la trilogie Normorgames. Nous avons dans l’idée de faire un casting plus tard pour choisir les chanteurs qui incarneront la dizaine de personnages présents dans l’album, un peu comme une comédie musicale, ou ce qui a été fait dans l’album La Mécanique du Coeur du groupe Dionysos (en lien avec le livre éponyme du chanteur, Mathias Malzieu).

Actuellement, je compose chaque morceau et en interprète tous les instruments et personnages, afin de créer par mes propres moyens une sorte de “super-maquette” la plus détaillée et précise possible.
Une fois que ce sera fait, nous pourrons passer à la phase de mixage en studio. Cela nous permettra de finaliser les chansons en enregistrant les voix des interprètes ainsi que de vrais instruments (pour les passages où j’utilise actuellement des instruments issus de mon logiciel de création musicale), et d’aller au bout de chaque détail sonore.
Viendra enfin l’étape du mastering, qui permettra de rendre l’album audible sur tout type de support et de lui donner une patine d’ensemble sonore.

Voilà pour Heart of Spade.

En parallèle, je pense commencer à travailler dès septembre sur notre deuxième album Seven Whispers, nouveau terrain d’expérimentation que j’aimerais porter sur scène, idéalement en 2023.

Mille merci de tes réponses enthousiastes et passionnantes à toutes ces questions, ma chère Odonate.

Merci à toi de m’avoir conviée à cette série d’articles, c’était un plaisir.

Bondissante visiteuse, babillant visiteur, bienheureuse pousse de séquoia, nous voici à la fin de ce troisième article sur les Alliances Créatives. On se retrouve la semaine prochaine pour un quatrième et ultime entretien ébouriffant. D’ici là, puisses-tu grignoter un bouquet de jasmin à l’heure de dîner.

Lumière sur ta journée !

Siècle

Mes Alliances Créatives (2/4) – Entretien avec Anouck Faure

Honorable visiteur, honorable visiteuse, harmonieuse pousse de séquoia, mes salutations.

En ce mois de mars, je poursuis avec le plus grand plaisir ma série de quatre articles autour des Alliances Créatives.

Je m’intéresse dans ces articles aux collaborations créatives sur le long terme (c’est ce que je choisis d’appeler les Alliances Créatives) : par exemple, s’engager dans un projet à quatre mains ; inviter d’autres créateurs à s’emparer de l’univers qu’on a bâti pour le cuisiner à leur sauce (approche transmédia) ; ou encore construire des partenariats avec des acteurs du monde créatif.

Je vous parlais la semaine dernière des aspects fondateurs sur lesquels baser ses Alliances : alchimie ; admiration ; confiance. Et vous évoquais ma toute première Alliance Créative avec Roxane Edouard, mon agente littéraire.

Je m’intéresse aujourd’hui aux trois qualités qui me semblent nécessaires au bon fonctionnement de toute collaboration créative, puis je vous parlerai plus en détail de mon Alliance avec la talentueuse Anouck Faure que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sur ce blog.

L’art délicat de la collaboration – Source

Pour qu’une Alliance Créative soit fructueuse…

Voici trois qualités qui participent, me semble-t-il, au développement d’une collaboration réussie : s’engager pleinement ; conscientiser la part créative de l’autre ; établir un dialogue sincère.

S’engager

Il ne faut pas mettre moins d’énergie dans un projet commun sous prétexte qu’on est désormais deux à la barre. Non. Pour qu’une œuvre à quatre mains s’épanouisse, il est essentiel que chacun ou chacune de ses co-créatrices s’engage entièrement dans le processus de création, dans les étapes qui se succèdent et dans la volonté de voir le projet aboutir. Si l’une des deux parties ne s’engage qu’à moitié, le projet est déséquilibré, bancal, et la fusion des énergies n’advient pas, en tout cas pas au niveau d’osmose qui résulterait d’un double engagement concomitant et volontaire.

Conscientiser la part créative de l’autre

Un aspect délicat pour qui a l’habitude d’être le seul capitaine à bord de l’esquif créatif. Lorsque l’on travaille de concert sur une même œuvre, il est très important de comprendre et d’accepter le territoire créatif de l’autre. On touche ici à la notion de lâcher-prise. Si je dis : « okay, ceci, très cher, est ton territoire créatif, va et fabrique un truc trop cool ! » mais qu’ensuite je passe mon temps perché sur l’épaule de mon co-créateur à critiquer ou diriger sa contribution au projet, je restreins sa liberté, je freine sa créativité, je nie l’altérité qu’il ou elle insuffle à notre œuvre.

Bien entendu, je peux avoir un avis sur ses réalisations, je peux lui suggérer des changements ou des modifications, mais pas à n’importe quelle étape du processus (certaines étapes ne doivent pas être interrompues sous peine de briser le flux créatif. C’est souvent le cas, par exemple, des premiers jets). Il peut être bon également de définir le domaine de compétence de chacun. On peut ainsi acter par avance que notre co-créateur aura le mot final sur son territoire (et réciproquement), ce qui n’empêche pas pour autant la discussion et les aménagements créatifs.

Aligner les planètes et équilibrer les territoires créatifs – Source

Établir un dialogue sincère

Pour définir les domaines créatifs de chacun, organiser en amont ou modifier le travail créatif, il est important d’établir un dialogue, le plus fluide possible. Il est encore plus essentiel d’instaurer un dialogue sincère : d’être capable d’énoncer ses besoins, sa manière de fonctionner ; mais aussi d’interpeller son co-créateur si l’on pense qu’il s’égare dans la mauvaise direction, ou de lui pointer que ce petit morceau, là, n’est pas aussi bon que les autres (et tout cela en respectant sa part créative ; un équilibre délicat, je vous l’accorde, qui se bonifie par la pratique).

Les retours positifs sur ce que l’autre réalise au service de l’œuvre commune seront ad vitam eternam un moteur crucial de votre Alliance. Encore faut-il que vos compliments soient sincères et que vous appréciez réellement le travail et la (ou les) patte(s) créative(s) de votre co-créateur.

Et à propos de patte magnifique…

« Mers intérieures » – Anouck Faure – Encre de Chine sur vélin d’Arches, 28.5x38cm, 2019

Mes Alliances Créatives – Anouck Faure

Je conclus ma seconde Alliance Créative avec Anouck Faure aka Amaryan, formidable artiste plasticienne, graveuse, illustratrice ; autrice à la plume superbe.

Je vous disais, dans l’article précédent, qu’il fait bon être fan de ses co-créateurs et de leur travail artistique. C’est totalement mon cas en ce qui concerne les multiples créations d’Anouck Faure.

Je découvre d’ailleurs Anouck par le biais de ses illustrations, de ses mots, puis de son travail de graveuse, qui me fascinent et me touchent. Poésie des profondeurs, langage impalpable et sacré, évocations subtiles et puissantes, plongée dans les racines, l’eau, le sel et la roche qui s’entremêlent.

Elle et moi évoluons dans le même vaste cercle d’Imaginaire, et si nous nous croisons à quelques reprises, nous nous rencontrons de manière plus personnelle lorsque je la contacte, en 2016, pour lui commander quelques illustrations pour mon roman post-apoétique, La demeure des Mah-Haut-Rels.

« La Commandant » – Illustration réalisée par Anouck pour La demeure des Mah-Haut-Rels – 2021

Ce premier projet commun est mis en pause pendant un certain temps. En 2019, je renoue avec Anouck qui est toute prête à y plonger les mains ; durant cette année et les suivantes, nous nous verrons régulièrement, parfois sur des semaines entières, afin d’échanger sur ce projet et nos créations respectives. C’est le début d’une profonde amitié et la découverte d’un terrain d’alchimie créative partagé, terreau fertile non pas d’un, mais de plusieurs projets communs.

De 2019 à 2022, je travaille désormais sur trois histoires post-apoétiques : La demeure des Mah-Haut-Rels ; Le Cri Soleil ; Bleu d’Acier. Nous décidons que ces trois histoires deviendront trois contes illustrés par la patte d’Anouck. Nous aimerions, à terme, créer une mini-collection de trois beaux-livres illustrés et sommes en recherche d’un éditeur avec qui réaliser cet ambitieux projet littéraire et artistique.

Mais les projets ne s’arrêtent pas là. Au printemps 2021, à l’occasion d’une résidence créative et de nombreuses discussions sur nos projets en cours et sur les rouages de la créativité, nous envisageons de créer un Oracle à quatre mains.

Ma Muse-Dragonne étant particulièrement inspirée, ce printemps-là, je reçois l’idée dans les jours qui suivent un Oracle en 52 cartes et 12 tirages, consacré au dialogue avec sa créativité. Plus qu’un jeu de cartes, cet Oracle est un outil de développement personnel permettant de mieux comprendre son fonctionnement créatif, de dénouer ses blocages et de fluidifier sa créativité. Ce projet dont nous aurons l’occasion de vous reparler en long, en large et en travers (et avec beaucoup d’enthousiasme) nous accompagne tout au long de l’année 2021 et sera au cœur de notre année 2022.  

Et ce n’est pas la dernière fomentation qui frémit dans les profondeurs de notre Alliance Créative…

Entretien avec Anouck Faure

Anouck à la fenêtre

Ma chère Anouck, mille merci de prendre le temps de cet échange. Sautons à pieds joints dans cet entretien. Si tu devais répondre en quelques phrases à la question « Qui es-tu ? », que nous en dirais-tu ?

Bonjour ma chère Siècle, et merci de me laisser la parole à propos de notre alliance créative ! Je suis une créature secrète, et je préfère laisser mes créations parler pour moi sur les eaux du web, aussi je vais faire sobre. Je suis une artiste plasticienne, illustratrice, autrice originaire de Nouvelle-Calédonie, archipel d’Océanie qui a contribué à modeler ma créativité, bien que je vive désormais à Paris depuis de longues années. Cela fait cinq ans que j’ai tout doucement commencé à évoluer professionnellement dans le domaine de l’art et de l’illustration.

Comment conçois-tu la créativité, la création, l’acte de créer ?

La création est un, sinon l’élément central dans mon existence. D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours dessiné, écrit, inventé des histoires à chaque moment de libre (et même dans les moments qui n’auraient pas dû l’être…). Je ne peux m’imaginer cesser d’exprimer ma créativité, tant elle me paraît fondatrice de ce que je suis. Et celle-ci est, par nature, multifacette. J’aime et j’ai besoin d’expérimenter, d’explorer tous les univers créatifs, les styles graphiques, littéraires, toutes les techniques qui m’interpellent. C’est quelque chose qui m’a longtemps frustrée, car dans le milieu professionnel, on a tendance à rechercher des gens qui ont une seule et unique ‘patte’ bien identifiable, mais je commence à l’accepter comme une force et surtout une source de joie. Et de toute façon, je ne saurais pas faire autrement.

« Cimetière de cristal » – Anouck Faure/Amaryan – 2019

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton métier, tes ambitions, ta vision du monde créatif et la manière dont tu souhaites y participer ?

Pour moi, le monde créatif est une façon de traduire des réalités, des émotions, des questionnements, liés à notre monde bien réel, par le biais de métaphores ou en tout cas par une expression plus subtile et moins rationnelle que la parole. Un dessin, une histoire, permettent d’atteindre les autres par des biais différents, et ainsi l’autre est pour moi une part très importante de ma créativité et de mon métier de créatrice. Bien sûr, je vais être guidée en premier lieu par les sujets qui m’inspirent, me portent personnellement, mais toujours dans l’intention d’en partager quelque chose. Lorsque je réalise une oeuvre, que ce soit une illustration de couverture, une gravure, un roman, j’essaie avant tout de proposer un regard, un angle nouveau. Et bien sûr, j’espère voir le plus grand nombre s’y retrouver ou tout du moins ressentir une émotion face à cette proposition.

Pour quelles raisons, à ton avis, avons-nous forgé notre Alliance Créative ?

Cela va sembler un peu cliché, mais celle-ci est très vite apparue comme évidente ! Dès notre première rencontre, j’ai senti une harmonie dans nos aspirations et notre façon de percevoir la créativité, ainsi qu’une compréhension instinctive (et je sais maintenant que c’était une impression partagée !). Même s’il a fallu du temps pour qu’effectivement nous commencions à concrétiser des projets, j’avais la certitude que nous allions tôt ou tard faire quelque chose ensemble. Nous nous retrouvons je crois dans notre besoin d’explorer de nombreux horizons créateurs, un certain rapport au langage et à une essence des choses et des êtres. Et chaque texte, chaque projet né de tes mains que je découvre est un nouvel enchantement. Mener ces projets en commun à tes côtés est à la foi un honneur, une évidence et un plaisir permanent !

« Le roi défunt » – Projet de mythologie galloise à paraître aux éditions Callidor – Anouck Faure

Comment envisages-tu notre collaboration dans les années à venir ?

Je nous vois présenter nos projets aux yeux du monde et les porter avec notre énergie décuplée ! Et puis, continuer à avoir de longues, interminables discussions qui aboutissent irrémédiablement à de nouveaux projets qu’il faudra glisser dans un planning créatif toujours bien rempli. Mais même lorsque nous aurons une longue expérience du travail en commun, je doute que l’enthousiasme et l’admiration faiblissent pour autant…

Quelles sont les énergies, les actions et les directions que tu souhaites nourrir dans ta vie en cette année 2022 ?

J’ai des aspirations très optimistes pour cette année 2022. Les deux dernières années, beaucoup de choses ont maturé. Des projets portés depuis longtemps ont commencé leur remontée à la surface et vont progressivement commencer à apparaître. Je souhaite les accompagner de mon mieux, partager la joie que j’ai eu à les créer, que j’aurai à les partager.

D’autres projets assez longs sont également en cours de réalisation et vont représenter de beaux défis, je veux m’efforcer de les aborder avec confiance et énergie pour leur permettre de fleurir de la plus belle façon ! Et comme toujours, continuer à nourrir ma créativité, en explorer tous les aspects qui m’appellent.

« Cityscape and goldfish » – Anouck Faure/Amaryan – 2017

Mille merci pour cet entretien, ma chère Anouck. Honorable visiteur, honorable visiteuse, harmonieuse pousse de séquoia, je te laisse sur cette fabuleuse image de poisson des cités dont je ne me lasse, pas malgré le passage des années. On se retrouve la semaine prochaine pour un troisième article sur les Alliances Créatives. D’ici là, puisses-tu grignoter trois quartiers d’orange à l’heure du petit-déjeuner.

Lumière sur ta journée !

Siècle

Mes Alliances Créatives (1/4) – Entretien avec Roxane Edouard

Fascinante visiteuse, froufroutant visiteur, fabuleuse pousse de séquoia,

En ce mois de mars, j’entame avec le plus vif plaisir une série de quatre articles autour d’un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur, celui des Alliances Créatives.

On dit bien souvent que l’écriture est un acte solitaire. C’est vrai… mais pas que. C’est aussi une pratique qui donne lieu à des rencontres enrichissantes et nécessaires : compagnons auteurs et autrices, bêta-lectrices, relecteurs, illustratrices, éditeurs, lecteurs, lectrices… les interlocuteurs sont nombreux et les échanges autour des textes permettent à celles et ceux qui écrivent de progresser, de se former, d’éliminer leurs darlings (pan !), d’améliorer leurs techniques narratives, et bien d’autres choses encore ; au final, d’augmenter la qualité de leurs histoires.

Mais au-delà de ces échanges littéraires instructifs, encourageants et délicieux, on peut aussi nouer de formidables collaborations créatives.

Je m’intéresse ici aux collaborations créatives sur le long terme (c’est ce que je choisis d’appeler les Alliances Créatives) : par exemple, s’engager dans un projet à quatre mains ; inviter d’autres créateurs à s’emparer de l’univers qu’on a bâti pour le cuisiner à leur sauce (approche transmédia) ; ou encore construire des partenariats avec des acteurs du monde créatif.

Un anneau pour les amener tous… Ah non, zut, c’est pas la bonne référence Source

J’ai la joie de développer depuis plusieurs années de merveilleuses Alliances Créatives dont je vais vous parler plus en détail au fil de ces quatre articles. Ce sera également l’occasion de vous en dire plus sur certains projets qui bouillonnent en coulisses.

Commençons par le commencement.

À la fondation de toute Alliance Créative…

Si je devais définir trois aspects fondateurs à l’origine de mes propres Alliances, ce serait à n’en pas douter l’alchimie, l’admiration et la confiance.

L’alchimie

La première étape est toujours celle du coup de cœur, intuitif et profond, envers la personne avec qui je scellerai par la suite une Alliance Créative. Beaucoup de choses invisibles (et parfois même déjà visibles) se tissent dans le moment de la rencontre. C’est l’aspect le plus inexplicable (orné d’une goutte d’absolu) de ces Alliances : cet élan du cœur et de l’instinct ou se mêlent les sentiments d’évidence, d’empathie et d’admiration.

Exemple d’un élan alchimique multicolore – Source

L’admiration

Pour qu’une Alliance Créative (sur le long terme ; les projets plus courts n’ont pas les mêmes exigences) fonctionne, il me parait souhaitable d’admirer (voire d’être totalement fan) de la personne avec qui l’on espère pactiser. Ce sentiment d’appréciation touche tout autant à la personnalité de cet autre créateur (vous allez, après tout, passer beaucoup de temps à travailler ensemble) qu’à sa démarche, ses talents et sa vision créative.

Imaginez confier votre roman à un illustrateur dont vous n’aimez que très moyennement le travail, vous risquez fort d’être déçu par son apport final à votre œuvre, vous vous sentirez tendu dans le dialogue qui s’en suivra, et même en proie à une forme de détresse de ne pas « sentir » l’état d’esprit de votre création respecté.

Si vous êtes méga-top-giga-fan de votre futur co-créateur, vous pouvez parier sur un pic de joie monumental à voir votre travail sublimé par ce talent qui vous touche déjà si fort en amont.

La confiance

Oui, cela peut paraitre basique, mais il faut sceller son Alliance sous les ailes de la confiance. Confiance dans l’engagement de votre collaborateur ou de votre collaboratrice au sein de votre œuvre commune ; confiance que vos énergies trouveront ensemble l’accord le plus juste ; confiance dans les bonnes intentions de la personne à chaque étape du processus ; confiance dans votre intuition qui vous a réunis pour faire un long chemin, main dans la main.

Admirez donc la démarche de ce pingouin, certainement le pingouin le plus confiant du monde – Photo de Jean van der Meulen provenant de Pexels

Voilà pour la théorie, passons à l’approche concrète !

Mes Alliances Créatives – Roxane Edouard

Je scelle ma première Alliance en décembre 2017 lorsque je signe avec mon agente, Roxane Edouard, afin qu’elle représente l’ensemble de ma création littéraire dans les années à venir.

Sceller sa première Alliance Créative Source

J’ai rencontré Roxane à la fin de l’année 2016 à l’occasion d’une intervention sur son métier d’agente littéraire auprès d’un public d’auteurs et d’autrices.

Parce que je participais au comité d’organisation de cette rencontre, j’ai l’opportunité de déjeuner avec elle et les autres organisateurs en amont. Au moment du dessert, je suis déjà totalement séduite par ce que Roxane dégage d’énergie, de passion, d’humanité et d’intelligence.

Puis vient l’intervention en elle-même. Ses ambitions et sa vision du métier d’agent me plaisent énormément : Roxane souhaite privilégier une relation personnelle d’accompagnement du créateur et de la créatrice bien au-delà de l’aspect contractuel ; s’engager sur la construction d’une carrière et donc dans une relation de travail sur le long terme ; elle porte une attention accrue aux voix et aux thématiques qu’elle accepte de représenter ; et donne la part belle à son intuition, suit ses coups de cœurs et les signes que l’Univers sème sur son passage.

Autant te dire, chère pousse de séquoia, qu’à l’issue de cette rencontre, j’étais aussi cuite qu’une patate douce oubliée dans un coin de Sahara. Et je savais, avec une certitude pas tout à fait rationnelle, que je voulais absolument, si possible, mais pourvu que ce soit possible, travailler avec Roxane.

Aussi cuite que Calcifer après ma rencontre avec Roxane – Le château ambulant, Miyasaki – Source

Moi qui avait tendance à procrastiner devant la perspective d’envoyer mes textes en recherche éditoriale, cette fois-ci, je n’ai pas procrastiné du tout. Le soir même, j’envoyais un dossier de candidature à Roxane pour lui présenter mes écrits et lui dire combien j’aimerais collaborer avec elle. S’en sont suivis plusieurs échanges d’emails agrémentés de discussions approfondies. C’est au final en lisant l’ancienne version du tome 1 de Nomorgames que Roxane m’a proposé de me représenter : ce moment restera pour moi celui du fameux premier Oui et un tournant dans ma manière de considérer mon activité d’autrice et mes perspectives professionnelles.

Au cours des quatre années qui ont suivi, Roxane m’a fait retravailler, encore et encore, les trois tomes de la trilogie de Nomorgames. J’ai beaucoup appris de son regard et de nos échanges. Elle m’a aidé à explorer, puis à doser le registre de langage spécifique à ce projet, elle m’a fait rédiger noir sur blanc les 30 articles de la Constitution de Nomorgames. Elle a relu le tome 1 au moins quatre fois sur quatre versions différentes. En 2021, nous avons déclaré le travail sur la trilogie terminé et celle-ci est partie en recherche éditoriale. Depuis, nous travaillons ensemble sur mes autres romans et de nombreux projets à venir.

Entretien avec Roxane Edouard

Roxane Edouard

Ma chère Roxane, bonjour et merci de prendre le temps de participer à cet entretien. Plongeons dans le vif du sujet. Si tu devais répondre en quelques phrases à la question « Qui es-tu ? », que nous en dirais-tu ?

Tout d’abord ma chère Siècle, merci de me permettre de participer à cette série d’entretiens. J’étais toute surprise quand tu me l’as proposé et j’en suis ravie !

Qui suis-je ? Je suis agente littéraire, maman de deux petits monstres, passionnée de lectures en tout genre, amoureuse de mon amoureux, vegan, scorpion, un peu accro au sport et beaucoup au beurre de cacahuètes.

Comment conçois-tu la créativité, la création, l’acte de créer ?

N’étant pas créatrice moi-même, j’observe tout cela d’un point de vue externe. A mon sens, il y a autant de façon de créer que de créateurs.rices et/ou de projets, mais le point commun que je vois parmi tous.tes les auteurs.rices avec lesquels.lles j’ai la chance de travailler est que peu importe le contexte et les circonstances, ils.elles ne peuvent pas arrêter de créer. C’est indispensable, compulsif et incontrôlable. Ça doit sortir si je puis dire 😊

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton métier, tes ambitions, ta vision du monde créatif et la manière dont tu souhaites y participer ?

Mon rôle est d’accompagner et d’aider les auteurs.rices à mettre un peu d’ordre dans ce processus créatif qui peut être chaotique parfois. Je suis là pour discuter stratégie de carrière, lire, relire et encore relire, encourager, échanger, négocier bien sûr et m’occuper de tout l’aspect contractuel et administratif mais au final, ce n’est qu’une partie du travail, une partie cruciale bien sûr mais loin d’être l’intégralité de mon rôle. Surtout, je dois m’adapter. Chaque auteur.rice est différent.e, n’a pas les mêmes attentes ou les mêmes besoins. C’est un peu un exercice d’équilibriste, on cherche le bon dosage. On veut être là pour tout le monde tout le temps, mais le temps n’est pas infini. Il faut toujours faire des choix.

Mon objectif premier a toujours été que les auteurs.rices francophones bénéficient des mêmes opportunités que les auteurs.rices anglosaxons.nes. Je travaille avec des auteurs.rices francophones depuis 2015. Sept ans, c’est très peu à l’échelle d’une carrière et de l’édition. Je ne suis qu’au tout début de ce que je souhaite réaliser..

Je m’intéresse particulièrement aux profils atypiques, aux voix qu’on entend peu ou pas, aux projets qui ne rentrent pas toujours dans des cases – bien sûr, je me laisse aussi guider par mes goûts qui sont assez éclectiques je dois dire. Je peux passer des heures à binger des séries sur Webtoon comme je peux me perdre dans le dernier Goncourt. Il ne devrait pas y avoir de hiérarchie en lecture.

Pour quelles raisons, à ton avis, avons-nous forgé notre Alliance Créative ?

Eh bien, toi et moi, c’était une rencontre comme il y en a peu et comme je les aime. Je savais que je voulais travailler avec toi, même si on a mis quelques temps à trouver le bon projet par lequel commencer. Ce n’est pas normalement comme cela que les choses se passent. Habituellement, je reçois un projet et si ce dernier me plait, je contacte l’auteur.rice. Nous avons fait les choses à l’envers mais cela fait écho à ce que je disais plus haut, il faut être flexible et s’adapter. Parfois, de belles surprises sont au rendez-vous !

Comment envisages-tu notre collaboration dans les années à venir ?

Je m’attends à tout 😊 Je sais que tu vas continuer de produire des projets atypiques, très différents les uns des autres, sur des supports divers et variés, et qui nécessiteront que j’élargisse constamment mon réseau. Et c’est très bien ! On grandit ensemble toi et moi et c’est très stimulant, pour moi en tout cas !

Je nous imagine grandir ensemble à la mode piou, c’est émouvant – Source

Quelles sont les énergies, les actions et les directions que tu souhaites nourrir dans ta vie en cette année 2022 ?

J’ai passé un an en congé maternité à réfléchir, à affiner une vision de mon projet pour les auteurs.rices francophones. Je suis donc très impatiente mais je sais aussi que tout cela va prendre du temps et que certains éléments ne vont se débloquer que lorsque j’aurais trouvé les bons interlocuteurs.rices. Donc je dirais : patience, foi et équilibre. Les choses vont se faire au rythme ou elles doivent se faire et ce ne sera jamais aussi rapide que je le souhaite. Je donne l’impulsion mais je ne peux pas tout contrôler et c’est tant mieux !

Mille merci pour tes réponses, ma chère Roxane !

Fascinante visiteuse, froufroutant visiteur, fabuleuse pousse de séquoia, on se retrouve la semaine prochaine pour un deuxième article sur les Alliances Créatives. D’ici là, puisses-tu grignoter un morceau de ciel bleu à l’heure du goûter.

Lumière sur ta journée !

Siècle

Les sirènes qui hantent nos histoires

Noble visiteuse, noble visiteur, ravissante pousse de séquoia, belle année à toi – puisses-tu fleurir en ton jardin.

Aujourd’hui, un article rigolo au sujet de nos thématiques d’écriture à rebonds multiples (un peu comme les ricochets à la surface de l’eau).

Je ne sais pas si vous avez remarqué, comparses écrivaillons, vous qui comme moi avez d’ores et déjà travaillé sur plusieurs histoires, que certaines de nos thématiques se manifestent à répétition dans chacun, ou du moins plusieurs, de nos écrits. Bien entendu, ces petites malignes changent de vêture, d’angle d’approche ou de personnage à titiller. Elles se glissent, l’air de rien, dans un fil d’intrigue secondaire, ou réécrivent en douce votre dénouement final avec le sourire narquois de celle qui se sait reine au sein de son créateur.

Les Sirènes qui hantent nos histoires – Source – Pixabay

On pourrait se dire que tant qu’on en a pas fait le tour, nos thématiques favorites reviennent nous hanter, attendant l’histoire dans laquelle vous les présenterez parées de leur diadème le plus éclatant ou armées de leur dague la plus incisive. On pourrait aussi se dire que ces sirènes récurrentes sont les compagnes qui nous habitent, reflets de nos questionnements, de nos expériences, de nos idéaux et de nos aspirations et qu’elles seront toujours là. On pourrait se dire enfin qu’elles nous ont missionné pour un temps et un nombre d’histoires indéterminé et qu’elle s’évanouiront un jour de notre plume, laissant place à d’autres sirènes que nous ne connaissons pas encore.

Quoi qu’il en soit, nos sirènes laissent parfois dans leur sillage des images symboliques ou des obsessions d’écriture qui fleurissent aux quatre coins de nos histoires.

Si je prends mon cas, voici trois (il y en a certainement d’autres, mais que voulez-vous, je suis une adepte du rythme ternaire) de ces récurrences irrépressibles qui sillonnent mes histoires : l’acte de nommer et la multiplication des noms, des titres et des surnoms ; la transformation capillaire ; la présence des oiseaux.

Même ma souris et son tapis ont leurs oiseaux !

L’acte de nommer

Dans La demeure des Mah-Haut-Rels, les enfants du Ciel et de l’Écume sont désignés par un surnom jusqu’à l’âge de douze ans ; ils reçoivent alors leur nom véritable, celui qui marque leur passage vers l’âge adulte et définit leur place dans la communauté. Dans Étoile et Petit Matin, ma narratrice, Kinjal, dix ans, entretient une obsession pour les noms de toutes les personnes qu’elle rencontre, elle cherche à comprendre pourquoi ce nom-là a été attribué à cette personne-ci et ce qu’il peut bien révéler de sa nature profonde. Dans Plein-Ciel, univers de castes et d’opérettes, chaque nom vous place aussitôt dans la hiérarchie sociale. Si vous êtes un Masque, vous porterez l’élégant patronyme de Charles-Espoir, de Rodrigue-Emérite ou de Kélicia-Désirée. Si vous êtes un Jouet, vous choisirez vous-même le nom qui qualifiera au mieux votre métier d’artisan : vous vous nommerez Papeterie, Équerre ou Dé-à-Coudre. Si vous êtes un Inanimé, vous vous appellerez Max ou Jo. Point final.

Je distingue, dans cette fascination pour les noms, la patte de ma chère vieille thématique : la quête de l’identité, et plus précisément cette idée que l’on hérite, que l’on reçoit, parfois qu’on rejette ou qu’on réoriente, et même qu’on forge une bonne part de son identité. Nom imposé, nom chargé d’une histoire ou d’une vision sociétale, nom porteur d’un message secret, nom tout neuf qui vous offre de nouvelles ailes – une puissance symbolique, discrète ou éclatante accompagne comme une traînée d’étoiles l’acte de nommer. Et si mes personnages ont parfois un surnom ou un titre en plus de leur nom d’origine, on pourrait y voir la notion d’identité multiple ; nous portons tous plusieurs costumes, adoptons différentes formes en fonction de la compagnie qui nous escorte, de la période de notre vie, du contexte dans lequel nous évoluons. Partie émergée de la quête d’identité, les noms invitent toujours à creuser plus loin.

La transformation capillaire

La magie des ciseaux – Source – Pixabay

Dans Nomorgames, les personnages subissent, ou choisissent, de passer par de nombreuses transformations capillaires tout du long de la trilogie : crête iroquoise, crâne rasé, dreads et cheveux longs, courts, noirs, blonds ou verts ; on peut dire que Sam et James en voient de toutes les couleurs. Dans La Folle Fabule des Sœurs Trésor, Yaya Feuille coupe les cheveux d’Ishtar la nuit de ses sept ans avant de les tremper dans une potion de lune pour symboliser son passage à l’état de « grande fille ». Dans Le Cri Soleil, le personnage de Phare, créature solaire, a des cheveux qui blondissent puis roussissent au fil des mois, poussent de trois centimètres chaque jour et sont consumés les nuits de pleine lune. Dans Dragonflies (…la plupart du temps), Papryka décide de s’infiltrer chez son ennemie. Elle se taille alors une frange qui dissimule une partie de son visage… et de ses intentions.

On est bien entendu ici dans la thématique de la transformation, de la transmutation. A travers le corps s’exprime quelque chose de la personne. C’est la possibilité de choisir, de se renouveler, d’évoluer. C’est le cycle de la pousse du cheveu, la symbolique de le couper, de s’en défaire, et de laisser partir un pan de sa vie. C’est le changement de peau, le renouveau, l’affranchissement, le rituel de passage, la transfiguration, la prise en main de sa destinée. La transformation est une clé dont j’use avec délice et je ne peux échapper à la cruciale question capillaire qui se manifeste quasiment dans chacune de mes histoires.

La présence des oiseaux

Royauté oiselée – Source – Pixabay

Les oiseaux sont omniprésents dans mes histoires. Dans La Demeure des Mah-Haut-Rels, on offre un oiseau à Venise, un oiseau doux et vulnérable qui le préserve de la chute dans l’ombre. Dans Plein-Ciel, le mouvement révolutionnaire du Chant-des-Oiseaux envoie ses Oiseleurs combattre les dangereux Oiseliers. Dans Bleu D’Acier, les Moineaux qu’apprend à piloter Katsuki sont des machines volantes en forme de rapaces. Dans La Légende du Cosmos Aquatique, Sayami d’Or convoite le trône de de la Reine Sans Nom ; des oiseaux de feu chantant la guerre et la croisade fleurissent au fond de son ventre. Dans Nomorgames, la Muse de Sam a l’apparence d’une Harpie féroce aussi terrifiante que bienveillante. Et dans Dragonflies (…la plupart du temps), la tendresse d’un tout petit colibri soigne le cœur blessé d’Albert de Loire.

Les oiseaux portent dans le creux de leurs ailes la nécessaire liberté dont nous avons tous soif. Ils allient la douceur (et une certaine forme de fragilité) à la royauté de l’aigle. Ils sont parfois proie, parfois prédateurs, passagers du vent, chasseurs et musiciens. Ils appartiennent au ciel, à l’espérance et aux rêves de lendemains radieux. Ils volent, ils émerveillent et leur chant charrie une magie toute particulière. Les oiseaux sont les joyaux précieux qui enluminent mes histoires.

Mille sirènes déterminées – Source – Pixabay

Ah, ces sirènes thématiques sont fascinantes à débusquer ! Me voilà à l’affut de toutes les créatures aquatiques dans mes histoires… et dans celles des autres. Quelles sirènes habitent les êtres ? Avons-nous des sirènes en commun, des sirènes rares, d’étranges sirènes, des sirènes minuscules, mais bien accrochées ? La quête ne fait que commencer…

Visiteuse, visiteur, noble pousse de séquoia…. lumière sur ta journée !

Treize histoires ébouriffantes

Visiteur, visiteuse, noble pousse de séquoia, mes salutations,

2021 se poursuit sur l’auspice des belles histoires. Voici treize lectures qui m’ont enchantée depuis le début de cette année !

La Baleine blanche des Mers Mortes – Aurélie Wellenstein au scénario, Olivier Boiscommun à l’illustration

J’ai le très grand plaisir d’entamer cet article en vous parlant d’une bande dessinée qui sort aujourd’hui en librairie ; une sortie qui me tient tout particulièrement à cœur, car j’ai eu le plaisir de bêta-lire le scénario de la Baleine et de de suivre en coulisses les différentes étapes de la réalisation de ce projet. La Baleine blanche des Mers Mortes se déroule dans l’univers du roman Mers Mortes d’Aurélie. En deux mots : dans un monde asséché et dévasté, les océans reviennent sous la forme de mers fantômes, charriant dans leur sillage les spectres vengeurs des animaux marins. On retrouve dans la BD le personnage central de Bengale avant les événements du roman, l’occasion d’une plongée dans la psyché et le passé trouble de cet homme aussi inquiétant que charismatique. Dans un Paris post-apocalyptique, somptueusement représenté par Olivier Boiscommun, Bengale fait la rencontre de Chrysaora, une jeune femme protégée par les méduses fantômes (un personnage auquel je porte une grande tendresse). Ils vont être recueillis par une communauté de survivants réfugiés dans l’Opéra Garnier et qui sont prêts à tout pour récupérer l’âme de l’un des leurs avalée par le spectre d’une Baleine blanche.

Une histoire puissante, engagée, qui nous plonge dans le monde marin, la beauté et la souffrance animale, comme dans les ressorts de l’esprit humain… L’animal, sacré, divin, monstrueux est au centre d’une réflexion plus large. On s’interroge, on s’inquiète, on s’émeut… On s’émerveille des illustrations et du travail de colorisation époustouflant d’Olivier. Les scènes impactantes se succèdent, l’horreur se mêle de poésie, la violence de ce monde où chacun cherche la survie (ou bien la rédemption) se mêle d’éclats de tendresse. Parution aujourd’hui aux éditions Drakoo. Foncez !

Comme par magie d’Elizabeth Gilbert

Ce petit livre m’a été offert par ma chère Lysiane, une amie musicienne avec qui j’ai la joie de collaborer sur des projets communs dont je vous parlerai ultérieurement. Ce fut une lecture merveilleuse, inspirante, optimiste, libératrice ! Je la recommande chaudement à tous les créateurs et créatrices… donc potentiellement à tout le monde ! Dans Comme par magie, Elizabeth Gilbert nous parle de créativité, elle témoigne de sa vie créative, des méthodes et surtout de l’attitude qu’elle a choisi d’adopter vis-à-vis de sa créativité (lâcher-prise, gratitude, souplesse, enchantement, détermination, travail), le tout jonché d’anecdotes humoristiques et d’une passion communicative : je relirai sans aucun doute ce livre dès que j’aurai des doutes ou le besoin de renouer avec ma propre créativité.

Les dames à la licorne de René Barjavel et Olenka De Veer

Un ouvrage que j’ai récupéré dans ma bibliothèque depuis quelques années, il était temps que je m’y plonge. Ce récit se déroule sur les terres d’Irlande à la fin du XIXe siècle. On y suit la destinée de cinq sœurs aux tempéraments profondément différents qui vivent isolées sur une île. J’ai apprécié la patte de la narration qui fait la part belle à la nature irlandaise et aux personnalités de nos héroïnes, ainsi que le style d’une poésie et d’une belle sensualité qui nous escorte dans les vies de ces cinq jeunes femmes. Liberté, amour, révérence, famille, liberté encore et surtout, bercé par un fond légendaire où le sang des licornes promet le fabuleux dans le quotidien.

Le grimoire d’Elfie – Alwett, Arleston, Mini Ludvin, Lenoble

Le premier tome d’une adorable bande-dessinée parue également aux éditions Drakoo. On y suit (là aussi, décidément^^) l’histoire de trois sœurs qui ont récemment perdu leur mère. L’aînée, dix-huit ans à peine, fait l’acquisition d’une librairie ambulante et entraîne ses deux cadettes sur les routes à la recherche d’une nouvelle vie ensemble. Chacune des trois sœurs a une personnalité très bien ficelée et attachante. Les dessins et les couleurs sont d’une douceur enivrante, et le personnage d’Elfie, la benjamine du trio, pose un regard sur le monde frais et touchant. Tout cela cuisiné avec une belle dose d’humour et de magie, comme on pouvait s’y attendre avec le duo Alwett/Arleston au scénario.

Les Contemplations de Victor Hugo en livre audio !

Cette année, j’ai voulu expérimenter les livres audios. J’ai écouté Dune, Clémentine Beauvais… et de la poésie : j’ai découvert l’ensemble des Contemplations de Victor Hugo en marchant dans la colline, en cuisinant, en fermant les yeux. Une écoute incroyable. La poésie, la vitalité, l’amour profond de ce poète pour la vie et la nature, son empathie, son humanité m’ont bouleversée, sans parler de la verve, de la poésie et d’un regard posé sur le sacré qui tisse ensemble le monstre et la merveille avec une puissance renversante. J’avais lu des poèmes de Victor Hugo, mais j’ai eu la sensation de rencontrer véritablement sa poésie avec cette écoute des Contemplations. Je pense écouter d’autres poètes français sous ce format de livres audio qui se prête si bien à la poésie.

Morwenna de Jo Walton

Autre belle lecture : Morwenna, de Jo Walton qui m’a été recommandée par un ami à la plume magnifique, j’ai nommé Paul Beorn. (Filez découvrir ses romans si vous n’avez pas encore eu ce privilège !) J’ai été marquée par la personnalité de Morwenna : une jeune fille d’une force, d’une intégrité et d’une résilience admirable.

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre. Ode à la différence, journal intime d’une adolescente qui parle aux fées, Morwenna est aussi une plongée inquiétante dans le folklore gallois.

Ce personnage était vivant, je pouvais le sentir exister, vibrer, penser, comme si Morwenna se trouvait devant moi, tout droit sortie des pages de Jo Walton. Dans le passé de Morwenna, un accident tragique, une relation aux fées, et un passif familial assombri par le mystère et des forces étranges, Morwenna se retrouve blessée, seule, chez un père qu’elle ne connait pas et des tantes pas vraiment sympathiques, loin de tout ce qu’elle a connu. Elle dévore les livres et choisit la vie à chaque instant malgré sa profonde solitude qui recèle plus d’un cri d’amour vers le monde et vers l’autre. J’aimerais écrire des personnages comme Morwenna et je lirai à coup sûr d’autres livres de Jo Walton avec grand plaisir.

Nevernight de Jay Kristoff

Gros choc littéraire que la découverte du tome 1 (et 2 à présent) de la trilogie de Jay Kristoff : Nevernight. Attention, on est ici dans un univers de dark fantasy, très dark et très violent, à ne pas mettre dans toutes les mains. Nevernight, c’est l’histoire d’une vengeance, on suit la vie, l’ascension et la chute de Mia Corvere, assassin redoutable qui est prête à tout pour venger la mort de son père et la déchéance de sa famille. L’univers aussi original que très très bien ficelé est fascinant.

Au-delà de l’histoire et de l’univers, je pense qu’on reçoit parfois de véritables leçons d’écriture en lisant. Lorsque cela se produit, c’est une expérience géniale (et que j’ai eu l’occasion de faire plusieurs fois cette année). Là où le personnage de Morwenna m’a parlé de qui je voulais écrire en matière de résilience (un thème qui me tient à cœur), la narration addictive, nerveuse, provocante, bardée de twists, de Jay Kristoff m’a montré jusqu’où on pouvait jouer avec la voix narrative. On sent l’auteur à fleur du texte, il s’adresse directement au lecteur, il jubile, et pourtant à aucun moment on ne quitte des yeux l’histoire de Mia, on retient son souffle, on s’indigne, on ricane, puis on se scandalise d’avoir ri à ce moment-là de l’histoire. Bref, c’est scandaleux et c’est brillant.

Malgré tout de Jordi Lefebvre

Un petit bijou que ce roman graphique où l’on remonte dans le temps, un chapitre après l’autre. Une histoire d’amour à reculons qui explore avec finesse les étapes de la vie et tout ce qui constitue un individu : les désirs, l’ambivalence, le besoin de liberté, celui de l’ancrage, l’ambition et les différentes formes d’amour possibles. Ce récit évoque les choix que l’on pose et qui forgent une vie et la possibilité de poser un regard heureux sur ce qui a été vécu, car la joie est partout. Un très beau roman graphique au trait acéré et délicieux, léger, profond et poétique, qui nous rappelle à juste titre qu’il n’est jamais trop tard.

Kalpa Impérial d’Angelica Gorodischer

Ce récit tout à fait particulier de l’écrivaine argentine Angelica Gorodischer m’a été recommandé par ma chère Anouck Faure. Je n’ai jamais rien lu de similaire à cet ensemble de nouvelles qui sont comme un ensemble de fenêtres ouvertes sur l’élévation et la chute des royaumes ; fenêtres où les histoires personnelles se mêlent à la grande Histoire, une histoire mythique, universelle. Ces nouvelles forment un tout harmonieux, cohérent, mystérieux. Le style est superbe, la voix du narrateur affutée vient titiller le lecteur, la compréhension sous-jacente des mécanismes du monde et de l’humain est très impressionnante. Une lecture ovni à découvrir aux éditions La Volte.

La Fileuse d’argent de Naomi Novik

On a beaucoup parlé récemment des livres de Naomi Novik, et en particulier de La Fileuse d’argent. A juste titre. J’ai beaucoup apprécié cette lecture qui mêle ingénieusement des thématiques sociales et culturelles, ancrées dans un récit réaliste, à la magie du conte ; une magie qui progressivement avale toute l’histoire, une expérience éblouissante et que Naomi mène de main de maître jusqu’au bout. Là encore, une histoire de résilience féminine avec trois héroïnes superbes. Une lecture savoureuse, je vous en mets le pitch ci-dessous :

Petite-fille et fille de prêteur, Miryem ne peut que constater l’échec de son père. Généreux avec ses clients mais réticent à leur réclamer son dû, il a dilapidé la dot de sa femme et mis la famille au bord de la faillite… jusqu’à ce que Miryem reprenne les choses en main. Endurcissant son cœur, elle parvient à récupérer leur capital et acquiert rapidement la réputation de pouvoir transformer l’argent en or. Mais, lorsque son talent attire l’attention du roi des Staryk – un peuple redoutable voisin de leur village -, le destin de la jeune femme bascule. Obligée de relever les défis du roi, elle découvre bientôt un secret qui pourrait tous les mettre en péril…

D’Or et d’Oreillers de Flore Vesco

Incursion délicieuse dans l’univers de Flore Vesco dont l’humour vous pique du bout de l’aiguille toutes les quarante-trois secondes approximativement avant de se cacher derrière un arbre et de retenir sa respiration. Dans D’Ors et d’Oreillers, on revisite le conte de la princesse au petit pois, mais à la manière champêtre et inimitable de Flore Vesco. C’est un roman jeunesse qui aborde l’érotisme (et la découverte du plaisir féminin) avec ingéniosité et un imaginaire aussi évocateur qu’amusant. On rit, on sourit, on rêve. On en reprend une tranche !

Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

J’ai découvert la plume de Valérie Perrin avec ce roman qui m’a beaucoup émue. C’est l’histoire de Violette qui est gardienne de cimetière, une femme étonnante, discrète, féérique, blessée, courageuse, dont on remonte le fil de vie entre narration au présent et scènes du passé. Ce récit implacable aux révélations soigneusement agencées développe une galerie de personnages terribles et émouvants. Valérie Perrin trace le tableau d’une existence poignante, entremêlant tristesse et espérance avec une belle justesse. Je repense très régulièrement à Violette qui reste à mes côtés comme un drôle de fantôme attentif et vaillant.

Anergique de Célia Flaux

Je termine cette revue comme je l’ai commencée, avec un roman que j’ai eu la joie et l’honneur de bêta-lire : Anergique, de Célia Flaux, paru aux éditions ActuSF dans la collection Naos. Ce roman se déroule dans un univers de fantasy victorienne à tendance steampunk. Dans cette histoire, Célia nous entraîne entre Londres et l’Inde, entre l’univers de Liliana Mayfair, garde royale, aristocrate fière et férue de justice (mon personnage préféré), et celui du précepteur indien, Amiya Southall, un homme doux qui a été violenté et vit désormais dans une peur paralysante. Célia revisite les rapport sociaux et les rapports de classe  en y insérant un élément central au récit : les donneurs et les buveurs d’énergie. En effet, à la naissance, chaque individu nait avec l’une ou l’autre de ces caractéristiques. La séparation nette entre les buveurs et les donneurs d’énergie permet de mettre en scène des schémas de  domination qui nous sont familiers (racisme, patriarcat, préférences amoureuses) sous un angle nouveau, un angle un peu décalé et fichtrement intéressant. S’ajoutent à cela des personnages attachants dont on suit les évolutions avec tendresse, un univers à la sauce steampunk qui fait son petit effet, et l’atmosphère enivrante de l’Inde dont je ne me lasse jamais : un cocktail délicieux !

Et bien entendu, quand la Pile à Lire se vide, aussitôt elle se recharge ! Voici treize titres qui sont venus s’ajouter à mon programme de lecture:

★ – Empire of the Vampire, le tout dernier titre de Jay Kristoff grâce à qui, vous l’aurez compris, j’ai pris une magistrale leçon d’écriture en dévorant Nevernight.

★ – Quitter les monts d’automne d’Emilie Querbalec dont j’ai beaucoup entendu parler ces derniers mois.

★ – La chambre des dames de Jeanne Bourrin, recommandée par ma chère Amzil à la langue d’or.

★ – La maison au milieu de la mer céruléenne, de Klune, une nouvelle traduction des éditions De Saxus que j’ai hâte de découvrir.

★ – Les Contes d’Alombrar, Maléfices d’Elsa Bordier et Sanoe, un roman graphique qui me fait de l’oeil depuis un petit moment.

★ – La Machine de Katia Lanero Zamora, sur les conseils de ma chère Cindy Van Wilder.

★ – Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda – il serait temps !

★ – Férocités, le dernier recueil de nouvelles concocté par la très chouette maison Sillex.

★ – Un incroyable Artbook d’un artiste fabuleux que ma chère Anouck m’a fait découvrir : Forgotten Gods de Yoann Lossel, cliquez sur ce lien pour en découvrir plus, c’est magnifique !

★ – Le tome 2 de Calame, le diptyque de l’inégalable Paul Beorn.

★ – Éloge des fins heureuses de Coline Pierré sur lequel je lorgne depuis un petit bout de temps.

★ – Le manga Nausicaa du maître Hayao Miyasaki que j’espère emprunter prochainement à la Bibliothèque.

★ – Du fond de mon urne de Maelig Duval aux Editions Gephyre auxquelles je porte une tendre affection.

Noble pousse de séquoia, cher visiteur, chère visiteuse, nous voilà à la fin de ce long article. Je dépose des brassées de pages merveilleuses sur tes genoux et te souhaite des lectures aussi ébouriffantes et poétiques que les miennes dans les mois à venir !

Lumière sur ta journée !

Siècle

Fleurir l’autel de sa Muse

Ondoyant visiteur, tournoyante visiteuse, noble pousse de séquoia, mes salutations ! 

Le mois d’août touche à sa fin. Les matinées sont étonnamment fraîches, mais le soleil de midi baigne les arbres d’un voile d’or chaud. J’aime cette période de l’année, ce point de bascule où se rencontrent les parfums d’été et les premières couleurs d’automne. 

C’est l’occasion de passer un chiffon à poussière sur mes lunettes en forme de cœur, le temps d’un article consacré à l’écriture, et plus précisément à la créativité.  

Ces trois dernières années, j’ai expérimenté différents processus créatifs, j’ai observé et réfléchi à la circulation des énergies créatives (les miennes et celles des autres).  

J’ai dernièrement médité sur trois lectures merveilleuses, des mines de sagesse créative, j’ai nommé :  Femme qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés, Comme par magie d’Elizabeth Gilbert et Daemon Voices de Philip Pullman. 

J’ai joué avec les énergies créatives, tenté des expériences, appris à les canaliser d’une manière, puis d’une autre, et encore d’une troisième, afin d’irriguer mes projets d’écriture. J’ai testé, tâtonné, alchimisé. 

De ce questionnement sur la créativité (toujours en cours et jamais achevé, bien évidemment), je tire aujourd’hui des fruits conséquents ; je n’ai jamais été aussi inspirée, aussi créative, ni aussi efficace dans la gestion de mes différents projets qu’au cours de la dernière année.  

Ces explorations créatives ont d’ailleurs donné lieu à la création d’un outil pour dialoguer avec sa créativité, en partenariat avec ma chère Anouck Faure, dont j’aurais certainement l’occasion de vous reparler dans les mois à venir – un projet aussi ébouriffant qu’enthousiasmant. 

En attendant de partager tous ces fleurissements créatifs avec vous, voici trois constatations sur lesquelles je m’appuie désormais quotidiennement pour créer : 

♥ – La créativité est à la fois part de nous et part d’une source plus grande. On peut la visualiser comme un fleuve, une créature, une Muse vivante, intelligente et expansive. Afin de créer juste, de créer inspiré, de créer vibrant, il est bon d’établir un dialogue avec sa créativité, d’ouvrir les portes de la communication et de le faire avec optimisme et révérence – c’est ce que j’appelle Fleurir l’autel de sa Muse.  

Muse – Image par Sabine Sauermaul de Pixabay

On pourrait se faire la réflexion, face à la page blanche ou au manque d’inspiration, que la créativité nous a abandonné, que notre Muse nous délaisse. On peut lui en vouloir, la critiquer, lui lancer une pluie de kiwis juteux à la tête. Sauf que. Sauf que, ce n’est jamais la faute de la créativité si nous la délaissons. Et blâmer notre part créative de son manque de coopération aurait tendance à lui couper les ailes ; ce qui ne peut que nous desservir. Notre créativité, notre Muse, n’a qu’un seul objectif : nous voir devenir créateur et créatrice. Elle revient inlassablement frapper à notre porte pour nous proposer son aide. Elle est prête à se faire guru, jardinière, égérie, petite main, compagne et pom-pom girl s’il le faut. Pourvu que nous lui ouvrions la porte, pourvu que nous fassions la démarche de fleurir l’autel, d’être volontaire dans l’acte de créer, pourvu que nous entamions la discussion, que nous apprenions à la connaître, que nous lui tendions la main. 

♥ – Ma deuxième constatation provient de mes diverses tentatives pour organiser mes temps de création de la manière la plus efficace possible. J’ai cogité en long, en large et en travers. Qu’est-ce qui serait le plus efficace ? Travailler en continu sur le même projet ? Alterner les phases de travail sur différentes créations pendant une même journée ? Une même semaine ? Un mois ? Protéger mon projet des regards extérieurs ? Au contraire, le confier à des regards extérieurs ? Échanger avec des co-créateurs ? Travailler à porte fermée ? En réalité, la réponse à ces questions change tout le temps puisque la créativité est vivante. Elle évolue de manière cyclique, elle s’adapte à ce que nous traversons. Elle n’a pas toujours les mêmes besoins ou la même quantité de carburant à nous offrir. Et c’est tout à fait normal. La meilleure façon (pour moi) d’utiliser efficacement sa créativité, c’est de la vivre, de la ressentir, de chercher l’équilibre. Et pour cela, je concocte un tas de délicieuses alliances : j’allie structure et souplesse, logique et intuition, chill et persévérance, objectifs et chemins de traverse, exaltation et rigueur. 

Emploi du temps évolutif – Image par Gerd Altmann de Pixabay

Par exemple, je travaille désormais avec un emploi du temps évolutif. Je détermine des objectifs à petit, moyen et long terme. Plus les objectifs sont à court terme, plus ils sont modulables. J’informe ma Muse des grandes lignes que nous allons viser ensemble. Et c’est elle qui impulse la progression des temps de travail, parfois selon une succession d’étapes logiques, parfois de manière organique et surprenante. Ce que je constate, c’est qu’elle tient nos objectifs si je lui fais confiance. Et ce de manière bien plus ludique et efficace que je ne le ferais en luttant pour me contraindre à suivre un calendrier d’étapes hyper précises. Au lieu d’ordonner à mon Moi du Futur de faire telle ou telle chose, je lui fais confiance pour utiliser au mieux son énergie de la journée dans la direction globale que nous avons voulue. 

Autrement dit, j’allie structure et souplesse. Mes plages de travail sont inscrites dans un agenda, chacun de mes projets est divisé en étapes. Je définis des objectifs temporels (sur plusieurs mois de travail). Mais je suis souple dans le choix des tâches quotidiennes. Je m’adapte et change de projet si ma Muse me le demande. Je ne travaille pas sur Le lapin fou cette semaine si elle préfère travailler sur Le chameau amoureux. Par contre, la semaine d’après, ce sera Le lapin fou puisque je souhaite atteindre mes objectifs du mois. Aujourd’hui, ma Muse a besoin de dormir ? Je ne lutte pas contre sa demande de repos ; à différencier avec un moment de paresse qui se traite autrement. De toute manière, je serai beaucoup moins efficace si je l’oblige à rester éveillée plusieurs jours d’affilé. Et puis si elle dort toute la journée, demain, elle sera fraîche et dispose. 

♥ – Ma troisième constatation est la suivante : créer est une source de renouvellement intérieur, une joie, un outil de transformation, d’expression, d’alchimie personnelle. Attention, je ne dis pas que c’est facile, ou même toujours plaisant. Développer un métier créatif demande énormément de travail, de persévérance et de rigueur. Mais je vois dans l’acte de créer la racine du vivant et je tâche de me reconnecter avec cette part extraordinaire de la création chaque jour. Je célèbre toutes les petites étapes de chaque projet que je sers. J’honore la puissance créatrice et je fleuris l’autel de ma Muse aussi souvent que possible. Je m’abreuve au Lac des Merveilles. 

Noble pousse de séquoia, puisses-tu toi aussi nager vigoureusement dans les eaux de la créativité ! 

Fleuri l’autel, bâtir le nid de sa créativité

Et pour parachever cette réflexion, je dépose une pâquerette, un brin de sauge et une bougie argentée sur l’autel de nos Muses, 

Lumière sur ta journée ! 

Siècle 

Pile à lire jusqu’au ciel, année nouvelle !

Chère pousse de séquoia, je te souhaite une merveilleuse, sautillante, abracadabrante, pétillante, heureuse année 2021 – l’occasion d’un dernier bilan de lecture sur ce blog ! 

Mais avant d’évoquer ce florissant bouquet de livres qui m’a fait voyager jusqu’au 31 décembre, un petit point sur cette année d’écriture. Ce fut une année placée sous le sceau des mots avec : plusieurs rounds de corrections sur la trilogie de Nomorgames et sur la V2 de Plein-Ciel ; la concrétisation de ma collaboration avec Anouck Faure et le départ de notre roman illustré, La demeure des Mah-Haut-Rels, en recherche éditoriale ; le point final, le soir du Solstice d’hiver, d’un nouveau premier jet, Le Cri Soleil, dont vous trouverez ici la fiche fraîchement postée. Les projets d’écriture sont nombreux et ambitieux pour 2021 et j’espère que certains d’entre eux prendront la route pour rejoindre, une brasse après l’autre, la surface du monde. 

Razzia du mois d’octobre

Mais revenons à nos lectures d’automne et de début d’hiver : à l’heure du bilan, je constate que j’ai cette année beaucoup lu, pas loin de quatre-vingt livres – le moteur de la lecture ronronne donc au beau fixe et j’en suis très heureuse. Je compte bien continuer à dévorer des histoires en 2021, d’ailleurs j’ai fait des razzias pas toujours très raisonnables, mais ô combien satisfaisantes, dans la librairie indépendante de ma région – de quoi nourrir de nombreuses soirées hivernales au coin du feu ! 

Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés 

Le 31 décembre, après une lecture étalée sur deux bons mois, j’achevais cet essai époustouflant de Clarissa Pinkola Estés : Femmes qui courent avec les loups. A la fois recueil d’histoires contées, études des grands Archétypes féminins, mythe filé de la femme sauvage, cette œuvre psychanalytique, spirituelle, sociale, intemporelle, fondamentale et poétique nous invite à plonger aux tréfonds du Soi, à questionner les schémas qui jalonnent nos vies, les pièges dans lesquels nous nous empêtrons, les leçons à en tirer et les forces vives qui sont présentent en chacun-e de nous et dans les profondeurs de la conscience universelle. Une lecture coup de poing, qui questionne, absorbe, éclaire, un conte après l’autre, ces cheminements intérieurs que nous traversons.

L’analyse de contes tels que Barbe Bleue, La jeune fille sans mains ou Les chaussons rouges (et bien d’autres) est si percutante qu’on peut sortir troublé, exalté, éprouvé, enthousiasmé par cette lecture magistrale. Clarissa Pinkola Estés expose un savoir-racine à la lumière du jour, un savoir qui résonne. Profondément. J’ai apprécié ce savant mélange analytique, historique, spirituel, porté par l’art des conteurs et des conteuses auquel recourt l’autrice pour nous embarquer dans sa toile, mystique et universelle. Ce n’est pas la dernière fois que je lis Femmes qui courent avec des loups ; j’émerge de cette lecture avec des clés et la conviction qu’il y en aura bien d’autres à piocher au fil des années dans cette œuvre vibrante, vivante et sage : un immense travail de recherche, placé sous l’égide de l’écoute, de la traversée des ombres et de la puissance de la Déesse. Foncez courir avec les loups, vous n’en reviendrez pas indemne. 

Les Petites Reines de Clémentine Beauvais 

Une lecture fraîche, aiguisée, pétillante avec une narration menée sur des roulettes supersoniques ! La plume de Clémentine Beauvais est décidément inimitable. Je l’ai découverte cette année avec Brexit Romance et Songe à la douceur, et je suis impressionnée par sa manière de raconter osée, moderne, crue parfois, sensible et diablement fine : Les Petites Reines en sont l’exemple parfait. Dans cette histoire à destination des adolescents et bien plus, on parle de harcèlement scolaire, du courage d’être soi et de la force de l’amitié. Nous suivons les aventures de trois jeunes filles élues Boudins d’or, d’argent et de bronze par leurs camarades de classe. Menées par la charismatique Mireille, elles vont renverser la donne en partant pour Paris, à vélo, en vendant des boudins. Ce périple sportif sera suivi de près par les médias et nos cyclistes accueillies avec intérêt dans les villes où elles feront étape : une vraie leçon de dignité, pétrie d’humour et de piques qui visent dans le mille, avec des personnages attachants (mention spéciale pour Kader, le frère de la plus jeune des adolescentes qui les accompagne tout du long de leur aventure en fauteuil roulant). 

L’île aux mensonges de Frances Hardinge 

Également à destination des adolescents, mais dans un registre très différent, j’ai découvert l’autrice Frances Hardinge en lisant L’île aux mensonges : une lecture qui prend place dans un contexte historique ciblé (l’Angleterre victorienne) auquel s’ajoute une touche de fantastique qui frôle l’horrifique et une narration à suspens sur fond d’enquête. Faith, quatorze ans, est fille d’un pasteur, éminent naturaliste qui se retrouve en disgrâce et s’exile avec sa famille sur une île au large des côtes anglaises. A peine arrivé sur l’île, le pasteur meurt dans des conditions mystérieuses et Faith mène l’enquête, prête à tout pour comprendre ce père autoritaire qu’elle admirait autant qu’elle le craignait et auquel elle veut rendre justice. Le point de vue de Faith sur le monde qui l’entoure, ses parents, les possibles qui lui sont offerts ou interdits, est poignant ; l’évolution du personnage encore plus. On est emporté dans sa quête éperdue qui la mène au bord de l’abysse, par sa vive intelligence et les émotions, les déchirures qui la meuvent face aux questions de société, de religion et de science, et le carcan rigide du monde dans lequel elle grandit. Une très belle lecture. 

Œuvres complètes d’Emily Dickinson 

Très attirée par le peu que je connaissais de cette grande poétesse, j’ai décidé de plonger plus profondément dans son œuvre poétique grâce à cette édition bilingue anglais/français qui permet à la fois de déguster la plume d’Emily dans la langue originale (essentiel afin de percevoir la rythmique incroyablement précise de ses phrases) et en même temps de vérifier du côté de la traduction la compréhension de certains vers dont le sens parfois m’échappait. Il y a un ‘goût’ qui émane de ces poèmes courts, une justesse qui touche un je-ne-sais-quoi à la fois dramatique, somptueux et très simple. Des poèmes qui parfois se déposent, parfois transpercent et fleurissent là où il n’y a pas de mots. C’est une lecture que j’ai entamée en 2020, mais que contrairement aux autres, je suis loin de l’avoir achevée. Je picore une page après l’autre, un poème par-ci, un poème par-là et je compte bien être troublée par l’univers poétique d’Emily Dickinson tout du long de l’année 2021. 

Le Fort Intérieur, de Stella Benson, illustré par Anouck Faure 

J’étais, je l’avoue, très curieuse de découvrir ce roman de Stella Benson, illustré (superbement) par ma chère Anouck et paru aux éditions Callidor. Mention spéciale pour l’objet-livre, magnifique (papier, finitions, mise en page) – un travail éditorial hyper soigné et empreint d’une sensibilité artistique évidente. L’histoire se déroule pendant le conflit de la première guerre mondiale : Sarah Brown, jeune femme esseulée et endormie, va se rendre sur l’île Moufle où une sorcière pétulante et naïve l’accueille dans sa drôle de maison, le Fort Intérieur. Ce texte de Stella Benson est très étonnant : à la fois critique de la société contemporaine à l’autrice, mais également compatissant et poétique, on y baigne tantôt dans un bain de cocasseries absurdes, puis dans une profonde mélancolie. Les scènes s’enchainent comme des tableaux qui nous laissent en suspension dans un entre-deux hésitant ; une expérience de lecture unique avec une vision des sorcières et de la sorcellerie (baignée d’innocence) vraiment séduisante. 

La Belle Sauvage, premier tome de la Trilogie de la Poussière, de Phillip Pullman 

Une très grande joie que cette lecture-ci. J’ai replongé dans l’univers de la Croisée des mondes avec appréhension. Je craignais quelque peu cette ‘suite’ qui aurait pu me décevoir et teinter la trilogie originelle que j’avais tant aimé d’une couleur moins plaisante. Il n’en a rien été. Ce premier tome de la Trilogie de la Poussière m’a totalement embarquée (c’est le cas de le dire) sur son canoë. Dix années avant les événements de la Croisée des mondes, Malcom Polstead, onze ans, enfant généreux, intelligent et curieux vit avec ses parents aubergistes dans l’auberge de la Truite. Il va se prendre d’affection pour la petite Lyra, ce bébé accueilli dans des circonstances étranges par les religieuses qui vivent de l’autre côté du fleuve. Alors que la menace d’une inondation de grande ampleur gronde, les événements vont se précipiter, poussant le jeune Malcom à affronter des ennemis qui ne sont pas de son âge ou de son temps pour protéger l’enfant de ceux qui la convoitent. Un texte d’une narration exquise. On y retrouve le monde de Lyra, les daemons qui en sont l’indubitable apanage, et de nombreux personnages de la première trilogie. Outre l’univers génial construit par Philip Pullman, ce premier tome est porté par un personnage doux, mais déterminé, extraordinairement attachant. Je me plonge dès à présent dans le deuxième tome de la trilogie avec ferveur et je vais trépigner en attendant la sortie du troisième opus. Si vous aimez Pullman, n’hésitez pas, plongez ! 

Etés anglais, la saga des Cazalet, d’Elizabeth Jane Howard 

Parce que cet article se trouve décidément sous le signe de l’Angleterre, j’ai fait une petite excursion du côté des Cazalet : saga familiale qui se déroule dans le contexte de la seconde guerre mondiale, cette série en quatre tomes, me semble-t-il, est encore en cours de traduction en langue française. On y suit le quotidien d’une famille aisée en Angleterre sur trois générations. Ce portrait vivant, tendre mais sans concessions, fait la part belle aux enfants, aux adolescents et aux femmes de cette famille dont l’autrice croque les préoccupations avec une justesse frappante. On retrouve dans ce premier tome une ambiance à la Downtown Abbey, saupoudrée du contexte historique et de l’arrivée imminente de la guerre qui s’apprête, on le sent bien, à bouleverser les destinées des uns et des autres. Une lecture fleuve qui nous emporte facilement au cours de mille et une scénettes dont certaines, marquantes, restent longtemps à l’esprit. 

Sous la lumière d’Hélios de Dominique Lémuri 

Je terminerai cet article en vous parlant d’un roman pour lequel j’ai un attachement tout particulier car j’ai eu la chance et le plaisir de le bêta-lire de bout en bout, il y a déjà quelques années de cela. Sous la lumière d’Hélios, sorti en septembre 2020 aux éditions Armada, est un roman de Science-Fiction qui mêle intelligemment les éléments du voyage dans l’espace, la découverte d’un nouveau monde, ici une planète entière avec sa faune et sa flore, et la rencontre d’une multiplicité de cultures, de technologies, de visions et de modes de vie. On suit les aventures de Clara qui a dû quitter la Terre à la dernière minute pour s’embarquer sur un vaisseau de colons à destination d’Eltanis, une planète sur laquelle les voyageurs ont prévu de s’implanter. Mais voilà qu’en arrivant sur place, ils sont accueillis par d’autres colons, partis plus tard de la Terre, mais bénéficiant d’avancées technologiques qui leur ont permis d’arriver avant eux. La cohabitation recèle son lot de challenges. En plus de quoi, se manifestent sur Eltanis d’autres formes de vies alien, aussi fascinantes qu’inquiétantes, qui mettront chacun face à ses convictions éthiques. Suivre la très touchante (et badass !) Clara dans sa découverte d’Eltanis, c’est s’embarquer dans une aventure étourdissante au sein d’un décor fabuleux, riche de mille nuances et d’autant de questions sociales et humaines.

Mention spéciale numéro un pour la galerie de personnages secondaires très travaillés. Mention spéciale numéro deux pour le portfolio de savoureuses illustrations réalisées par le talentueux JMX intégré dans le livre papier. Mention spéciale numéro trois pour la poésie, la densité humaine et le regard brodé d’émerveillement de Dominique Lémuri sur le monde d’Eltanis et la destinée de Clara. 

Et pour ne pas perdre les bonnes habitudes, chère pousse de séquoia, huit titres sont venus enrichir ma gigantesque Pile à Lire !

★ – Morwenna, de Jo Dalton qui m’a été recommandé par un Ours Sage et féru de miel de ma connaissance 

★ – La fileuse d’argent de Naomi Novik, dont j’ai entendu parler à de nombreuses occurrences sur la toile et dans laquelle j’espère me plonger prochainement.

★ – Je suis décidément dans une période Phillip Pullman et le retour enthousiaste d’Anaïs La Porte m‘a convaincue de lire son ouvrage sur l’écriture, Daemons Voices

★ – Sur le conseil d’une amie écrivaine, je vais aussi lire Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery, faisant une pierre deux coups en acquérant l’un des magnifiques ouvrages de la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture. 

★ – Après un épluchage minutieux du dernier catalogue de ma librairie indépendante, se sont rajoutés à ma pile à lire : Betty de Tiffany MacDaniel, Lumière d’été, puis vient la nuit de Jon Kalman Stefansson et Rassemblez-vous en mon nom de Maya Angelou 

★ – Noël m’a apporté au pied du sapin deux des publications récentes de Benjamin Lacombe dont j’adore les illustrations : La famille Appenzel et Esprits et Créatures du Japon dans lesquelles je vais me plonger avec bonheur. 

★ – Sur la chaine youtube De quoi ça parle ? j’ai été interpellée par le pitch de Li Cam sur son livre Résolution, et je le rajoute dans mes intentions de lectures à venir. 

★ – Enfin, un album jeunesse me fait de l’œil depuis un petit moment et je le dépose subrepticement dans un coin de ma liste : Le Dernier des Loups, de Sébastien Pérez et Justine Brax. 

Razzia du mois de décembre

2021 commence donc sous de joyeux auspices ! 

Très chère pousse de séquoia, je dépose sur ton chemin une fleur givrée, un parfum d’aventure et les teintes d’or hivernales dont je ne me lasse décidément pas. 

Lumière sur ta journée, 

Siècle 

Boire à la source de regards lumineux

Visiteuse solaire, visiteur lunaire, pousse étoilée de séquoia, mes gracieuses salutations ! 

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de partager avec toi une pioupioutade sur les inspirations de ma muse-dragonne. Comme tu l’auras remarqué de-ci de-là sur ce blog, j’accorde une importance toute particulière aux paires de lunettes que nous posons sur le monde.

Il est vrai que beaucoup de choses ne sont pas entre nos mains dans la grande aventure planétaire et que nous ne choisissons pas toujours les événements qui jonchent notre vie. Cependant, nous conservons une liberté essentielle : le regard que nous posons sur ce que nous vivons et la manière dont nous élaborons/nourrissons/sculptons notre relation au monde. C’est pourquoi, il me semble essentiel de définir avec soin les énergies, les personnes ou les astrographes qui viennent infuser notre quotidien et les pattes griffues (mais charmantes) de nos muses. 

Les charmantes pattes griffues de ma muse-dragonne

Voici donc, sans tergiverser davantage, quelques sources positives auxquelles je m’abreuve régulièrement de beauté créative, d’idées optimistes ou de perspectives-ouvreuses-de-portes-qui-n’existaient-pas-avant-dans-mon-univers. Pioche joyeusement dans ces multiples liens et fenêtres de la toile, si l’inspiration t’en dis !

Des artistes plurielles et inspirantes 

Aemarielle 

Je te parlerai en premier d’une artiste dont j’aime tout autant les illustrations et les thématiques de travail que la démarche généreuse et sincère sur les réseaux sociaux.  

Aemarielle a quitté son emploi salarié en 2020 pour lancer son activité artistique à plein temps. Sous son crayon trempé dans le lac aux merveilles fleurissent déesses, nymphes, créatures des bois, femmes fatales au sourire rouge ou au regard d’aube – ces archétypes du féminin inspirent et illuminent les murs et les autels secrets de celles et de ceux qui acquièrent l’une de ses œuvres.  

Aemarielle partage son processus créatif sur son blog et sur les réseaux et c’est un vrai moment de méditation de la regarder peindre ses aquarelles au fil d’une vidéo youtube. Son rayonnement à la fois puissant et serein fait de chacun de ses messages une perle positive qui illumine ma journée.

Cerise sur le gâteau, nous entrons dans les coulisses du métier d’artiste-auteur au travers de certaines de ses vidéos un peu plus techniques (dans lesquelles elle nous explique les étapes administratives qui jalonnent son activité). Pour celles et ceux qui n’osent pas se lancer ou doutent de leur légitimité, le partage d’expérience d’Aemarielle est une véritable invitation à plonger dans leur propre créativité ! 

Florieteller 

Florie Vine alias Florieteller est une artiste plurielle et mentor créative qui explore les possibles avec optimisme en mode slow et cosy, et le plus souvent une tasse de thé chaud à la main !  

Sur son site internet, Florie partage ses créations plastiques et littéraires (j’adore ses petites planètes à l’aquarelle et les instants saisonniers qu’elle capture en quelques traits). Elle nous propose également d’explorer des outils tels que le voyage créatif, le projet 24 saisons, ou encore le kit slow pour nous aider à revenir à l’instant présent. 

Et ce n’est pas fini puisque sur son blog, on trouve un contenu riche et varié composé d’articles, de Bulles Nomades ou encore de vidéos youtube, dans lesquels elle aborde des sujets tels que : comment développer sa créativité de manière authentique et ludique ? Comment adopter un mode de vie qui nous correspond, plus conscient et donc plus libre ? Comment gérer notre rapport au temps, à la simplicité ? Comment cultiver la gratitude et prendre le temps de s’émerveiller ? 

Des orientations de vie écologiques, communautaires, enthousiasmantes 

Je m’intéresse aux habitats alternatifs ; à visée écologique ; aux lieux originaux, créatifs ; qui s’inscrivent dans la nature ou dans une démarche de vie communautaire. Aussi, je grignote régulièrement des vidéos de ‘tiny houses on wheels/micromaisons sur roues‘ – ces habitations mobiles qui permettent à la fois une vie plus proche de la nature, une approche consciente des objets et de la consommation, de l’impact environnemental de notre mode de vie, et une exploration de nouvelles options (nomade, communautaire, off the grid) passionnantes.  

Living Big in a Tiny House 

Bien entendu, j’ai plongé la tête la première dans les vidéos (en langue anglaise) de Bryce Langston & Rasa Pescud de la chaîne youtube Living Big in a Tiny House qui sont superbement filmées et bourrées de détails ingénieux et d’humanité. En voici quelques-unes : 

Tiny house Livingston

Du côté français de la Tiny, on peut également suivre les pérégrinations de la chaîne youtube ‘Tiny house Livingston’. Vous pouvez avoir un rapide aperçu de l’ambiance à bord de la Tiny Livingston avec cette courte vidéo d’introduction : 

https://www.youtube.com/watch?v=hPp234v3cQ8

Les Cahutes

Histoire de faire d’une pierre deux coups, la chaîne Tiny house Livingston nous propose une interview de Thomas, le créateur des Cahutes, ces micro-maisons-caravanes de fabrication artisanale, écologique et homologuée en Europe : autonomie ; facilité de déplacement ; faible impact environnemental ; habitat modulable ; communauté de vie – un projet fascinant à découvrir ici : 

Sorcières et fées : plonger ses racines dans la magie de la nature et le retour au berceau créatif intérieur 

Maintenant que je t’ai inondé de délicieuses Tiny Houses en tous genre, chère visiteuse, vaillant visiteur, plongeons si tu le veux bien dans la sorcellerie préférée de ma muse-dragonne, celle qui fait frémir ses griffes et ses ailes, celle des Fées-Sorcières du monde moderne qui partagent, grâce aux réseaux sociaux, un je-ne-sais-quoi-ancestral de l’appel de la nature et des élans créatifs qui nous animent.

C’est toujours avec beaucoup d’émotion que je regarde les vlogs ou partages vidéos (en langue anglaise) de ces deux jeunes femmes, artistes et sorcières, qui très certainement courent avec les loups. Profondément connectées aux chants secrets de la nature, leur démarche de vie, leur lumière profonde et leur recherche de sens mise en application au quotidien est une véritable inspiration. 

Annabel Margaret

J’ai découvert Annabel Margaret grâce à Florieteller que j’évoquais plus haut : au travers de ses deux chaines, The Green Witch et Daughter of Old, Annabel partage son quotidien et sa relation aux plantes, aux saisons qui passent, dans des vidéos d’un esthétisme et d’une sérénité merveilleuse. Elle y transmet également quelques unes de ses recettes de sorcière verte, de cuisine et de médecine naturelle – c’est pour moi toujours apaisant et enracinant de déguster l’une de ses vidéos. 

Jonna Jinton

Découverte beaucoup plus récente, mais toute aussi envoûtante : Jonna Jinton est une artiste et photographe suédoise qui a tout quitté au début de sa vingtaine pour vivre dans un petit village au nord de la Suède. De la même manière qu’Annabel, ses vidéos, véritables bijoux visuels, nous permettent (à travers des lunettes en forme d’aurores boréales) de goûter une nouvelle fois à la force du monde naturelle et à celle du monde intérieur.

Mantras musicaux 

Pour rester dans la même veine ensorcelante, je terminerai cette pioupioutade par un mot sur les mantras musicaux : j’approfondis, dans ma pratique personnelle, les bienfaits des mantras chantés et dansés, ces boucles aux paroles sacrées, cheminements et cercles qui nettoient, relient, réenchantent, apaisent, revivifient.

Le mantra Gāyatrī provient du Rig-Veda, texte ancestral de l’Hindouisme. Il s’agit d’une invocation au soleil, et plus largement à la lumière de Ce Qui Est, l’Être divin, l’Existence qui illumine nos consciences. 

En voici les paroles (translittération du sanskrit) : 

Oṃ bhūr bhuvaḥ svaḥ 

tát savitúr váreṇyaṃ 

bhárgo devásya dhīmahi 

dhíyo yó naḥ pracodáyāt 

Chère pousse de séquoia, alors que tu t’élances vers les étoiles, je te laisse en compagnie de ces deux belles interprétations musicales du mantra Gāyatrī, chacune teintée de sa propre couleur invisible et savoureuse. 

Light of Your Grace – Sam Garett

Deva Premal et Miten with Manose : Gayathri mantra

Lumière sur ta soirée, 

Siècle