Plein-Ciel

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Titre : Plein-Ciel

Type : Roman tome unique

Genre : Fantasy

Public : Adulte

Pitch : Une dompteuse de rubans se fait recruter contre son gré à l’Opéra Plein-Ciel. Plongée au cœur des intrigues artistiques et politiques qui fourmillent dans les coulisses, elle devra choisir soigneusement ses alliances pour tirer son épingle du jeu.

État de progression : Terminé et bientôt en recherche éditoriale.

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Résumé : Il y a plus de trois siècles que l’Opéra Plein-Ciel règne sur la Nébuleuse. Chaque soir, sur scène, la journée du lendemain se joue. Si le spectacle s’avère de mauvaise qualité, il n’y a pas de pain à la table du petit-déjeuner, les épidémies se propagent dans la capitale et les dons des citoyens deviennent incontrôlables. Afin d’enrayer la menace quotidienne, l’Opéra est dirigé d’une main de fer par la dynastie des Pourpres-Aux-Joues.

Depuis le jour de sa naissance, Ivoire doit se battre pour qu’on lui reconnaisse le droit d’exister. La Nébuleuse ne jure que par les apparences, or Ivoire est une albinos grise, un être difforme à la peau aussi pâle que la lune. La jeune femme pense avoir trouvé un semblant de paix en rejoignant les Ateliers des artisans, loin des feux de la capitale. Elle ne commet qu’une erreur : elle dompte un ruban pour la favorite de l’Opéra, attirant ainsi l’attention des hautes instances de la Nébuleuse. Plein-Ciel exige qu’elle se mette à son service.

Ivoire ne rêvait que de solitude et d’une petite maison au bord des rizières, la voilà propulsée au cœur du monde. À l’Opéra, le rythme infernal des coulisses ne s’interrompt jamais. Musiciens, artisans et serviteurs se plient sans sourciller aux exigences de la comtoise afin qu’il y ait un lendemain.

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           Le temps avait filé au loin pendant qu’ils s’échinaient à la tâche. La journée s’était écoulée sans un pli, à peine interrompue par quelques Petites-Mains qui frappaient avec discrétion à la porte pour solliciter les directives du patron.

           — En es-tu vraiment sûre ? vérifia Démesure, penché sur la robe comme un père inquiet sur son enfant malade.

           — Certaine, confirma Ivoire.

           Son œil-fin s’élargissait et se rétractait avec une régularité de métronome alors que les fils s’entrecroisaient dans les airs, tissant, rang après rang, le maillage serré du ruban qu’elle était en train de dompter. Le Maître-Jouet reprit :

           — Démesure voudrait te faire remarquer…

           — Démesure ferait bien de me laisser me concentrer.

           Petit hoquet désolé, puis un silence bienvenu.

           Ivoire travaillait avec le fil de Bobine. La Coryphée de la confection avait personnellement dompté tous les écheveaux de l’Atelier-Des-Mesures : un ouvrage colossal qui garantissait la qualité de leur matière première. La palette émotionnelle des canettes était d’une subtilité admirable ; Bobine savait y faire quand il s’agissait d’émouvoir.

           Ivoire avait choisi un fil d’or classique dont la personnalité n’était que lumière chatoyante. Il reprenait la thématique écarlate et jaune poussin de la robe : admirez-moi ! clamait-il. Je suis l’enchanteur, le joyau du royaume ! Oui, mais il aurait été trop facile de se contenter de chanter l’éclat de Kélicia-Désirée. Ivoire fronça ses sourcils gris. Elle se souvenait parfaitement de cette unique représentation à Plein-Ciel. Elle n’avait pas oublié les gestes gracieux de la Cantatrice, sa pétulance. Et cette nuque au port royal qui parfois adoptait une cambrure insolente – insolente et pourtant habitée d’un je-ne-sais-quoi mélancolique qui avait touché Ivoire. Elle avait donc mêlé de la nostalgie à l’or attendu.

           L’écheveau de fil émeraude frissonna sous ses doigts, incertain, si tendre encore. La canette de satin vert doutait de sa place dans le monde, une fraîcheur fragile émanait du fil. La première dame de la Nébuleuse pouvait-elle se targuer d’innocence ? C’était peu probable. Et pourtant, l’instinct d’Ivoire lui soufflait le contraire. Un vert profond piqueté de feu, voilà le ruban qui se courbait sous sa volonté ; et la robe, la robe de Démesure soupirait d’aise. Sous le taffetas pourpre, le jupon gonflait pour effleurer l’ornement qui lui donnerait sa couleur véritable, son identité définitive.

           Enfin, le fil vert et le fil d’or entrecroisèrent leurs corps soyeux pour la dernière fois et Ivoire cautérisa la finition d’un triple battement de cils. Le ruban dessina une figure hésitante dans les airs, puis un tourbillon joyeux avant de rejoindre la robe à laquelle il était destiné et qui n’attendait que lui.

           — Oui, étonnant. Non, dérangeant. Démesure ne sait… Faut-il oser ? Ou ne le faut-il pas ? maugréa le tailleur.

           Il soupira. Le ruban vert tranchait sur le bustier rouge et jaune comme une balafre sur un corps parfait ; une note dissonante au cœur de l’harmonie. Mais c’était de Démesure dont il s’agissait : il oserait rompre la convention, il ne vivait que pour ça.

       

Plein-Ciel, Siècle Vaëlban